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	<title>Le Quichote</title>
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	<description>Le Quichote devait pouvoir repondre &#224; la demande d'une structure de blogs (toujours &#224; titre exp&#233;rimental).</description>
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		<title>Le Quichote</title>
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		<title>IMAGINAIRES D'EUROPE</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie Braibant</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;(Lecon inaugurale du 10i&#232;me cycle du &lt;a href='http://www.culture-europe.eu/' class='spip_out'&gt;Centre de Culture Europ&#233;enne&lt;/a&gt;, 'Europe en dialogue avec le monde du XXIe si&#232;cle, Bruxelles, Parlement F&#233;d&#233;ral de Belgique, Maison des Parlementaires-Salle des Congr&#232;s, le mercredi 08 octobre 2008)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.lequichote.info/?-Savoirs-" rel="directory"&gt;Savoirs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Exergue&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; L'Europe deviendra-t-elle ce qu'elle est en r&#233;alit&#233;, c'est-&#224;-dire un petit cap du continent asiatique ? Ou bien l'Europe restera-t-elle ce qu'elle para&#238;t, c'est-&#224;-dire la partie pr&#233;cieuse de l'univers terrestre, la perle de la sph&#232;re, le cerveau d'un vaste corps ? &#187; Paul Val&#233;ry &#8211; La crise de l'esprit&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsqu'on m'a donn&#233; le th&#232;me de votre session annuelle de conf&#233;rences, L'Europe en dialogue avec les autres, sa r&#233;sonance m'&#233;tait particuli&#232;rement harmonieuse. Un petit pr&#233;ambule personnel, dont je vous prie de m'excuser, expliquera pourquoi : ma m&#232;re vient de Pologne, mon p&#232;re d'Egypte, et je suis n&#233;e &#224; Paris. Il me semble qu'ainsi, &#224; l'image de tant de citoyens europ&#233;ens aujourd'hui, les cheminements de ma famille, r&#233;sument en partie une double aspiration au dialogue : de l'Europe avec elle-m&#234;me, et de notre vieux continent avec les autres, en particulier avec cette M&#233;diterran&#233;e r&#234;v&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;PR&#201;AMBULE&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avant de dialoguer, il est int&#233;ressant, important, de conna&#238;tre comment nous-m&#234;mes et les autres nous regardent. Je me suis donc lanc&#233;e dans un p&#233;riple tr&#232;s subjectif, parcellaire et certainement partial, en Europe, puis vers nos marges, et ensuite vers des horizons plus lointains pour recueillir les perceptions, les images, v&#233;hicul&#233;es par la presse ou la litt&#233;rature, qui circulent sur notre ensemble communautaire. Elles expriment aussi bien le d&#233;sir que le rejet, l'admiration que la critique, beaucoup plus rarement de l'indiff&#233;rence, de l'&#233;tonnement souvent pour ce continent para&#238;t-il uni o&#249; les murs ne sont pas tous tomb&#233;s, voir celui de Chypre. Elles sont impr&#233;gn&#233;es, travers&#233;es le plus souvent par l'histoire europ&#233;enne tourment&#233;e de l'Europe avec elle-m&#234;me et avec les autres, malgr&#233; une actualit&#233; apais&#233;e. Quoique&#8230; l&#224; encore, il y aurait &#224; redire : &#224; peine les secousses &#233;conomiques et financi&#232;res arriv&#233;es, que la tentation du repli sur soi, parfois contre les voisins les plus proches, se manifeste &#224; nouveau&#8230; Comment dialoguer avec les autres avec un tel poids de si&#232;cles malmen&#233;s qui parfois nous emp&#234;chent de dialoguer avec nous-m&#234;mes, de rancoeurs non dilu&#233;es, en t&#233;moigne cette ville, ce pays, la Belgique, o&#249; nous nous rencontrons.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est donc &#224; un voyage que je vous invite, g&#233;ographique mais aussi parfois historique, &#224; la rencontre de nous-m&#234;mes, dans le regard des autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'EUROPE VUE PAR LES EUROP&#201;ENS&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai commenc&#233; par nous autres citoyens d'Europe. Et pour ce bout de chemin, j'ai choisi un tr&#232;s agr&#233;able compagnon de voyage, un journaliste hollandais, Geert Mak, qui vient de publier un tr&#232;s beau recueil : Voyage d'un Europ&#233;en &#224; travers le XX&#232;me si&#232;cle (1). Le parti pris de cet &#233;crivain voyageur est une reconstruction impressionniste de notre continent anim&#233;e en filigrane par cette question : sommes-nous vraiment une communaut&#233; alors que nous nous heurtons si souvent aux fractures pass&#233;es - les tranch&#233;es de la premi&#232;re guerre mondiale, les bombardements et les d&#233;portations de la seconde, les ruines de 1870 ou des conqu&#234;tes napol&#233;oniennes, le mur de Berlin, le rideau de fer, etc. ? Sommes-nous s&#251;rs d'avoir r&#233;ussi &#224; surmonter ces fracas divers ? En 1934, le philosophe allemand Edmund Husserl voyait ainsi le futur de notre petit monde : &lt;i&gt;&#171; La crise de l'existence europ&#233;enne ne peut avoir que deux issues : ou bien le d&#233;clin de l'Europe devenue &#233;trang&#232;re &#224; son propre sens rationnel de la vie, la chute dans la haine spirituelle et la barbarie, ou bien la renaissance de l'Europe &#224; partir de l'esprit de la philosophie gr&#226;ce &#224; un h&#233;ro&#239;sme de raison. &#187;
&lt;/i&gt;
Les r&#233;centes consultations populaires en vue d'une int&#233;gration europ&#233;enne plus forte, en France, aux Pays-Bas et en Irlande, c'est-&#224;-dire partout o&#249; les peuples ont &#233;t&#233; consult&#233;s, &#224; l'exception de l'Espagne, ont donn&#233; une indication sur le pouvoir de la raison ou de la pens&#233;e : les citoyens europ&#233;ens r&#233;agissent encore tr&#232;s &#233;motionnellement au fameux grand machin. L'Europe institutionnelle est per&#231;ue au mieux comme une bureaucratie lointaine et inefficace, au pire comme un monstre mauvais, responsable de tous nos maux, priv&#233;s et publics, tandis que les pr&#233;jug&#233;s de part et d'autre des fronti&#232;res restent tr&#232;s forts. On peut trouver sur la toile de dr&#244;les de cartes, ramassis d'insultes r&#233;ciproques, condens&#233;s de pr&#233;jug&#233;s. Nous sommes loin des all&#233;gories douces des origines ou de la sympathique auberge espagnole du cin&#233;aste C&#233;dric Klapish. Bien s&#251;r comme autrefois les aristocrates qui circulaient sans passeport d'un bout &#224; l'autre du continent, les intellectuels, les &#233;lites politiques, ignorant les fronti&#232;res ont int&#233;gr&#233; la force de la raison.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;R&#233;guli&#232;rement on interroge un panel de citoyens europ&#233;ens pour conna&#238;tre leur humeur europ&#233;enne, l'image qu'ils auraient d'eux-m&#234;mes en tant qu'europ&#233;ens, mais qui finalement s'av&#232;re toujours &#234;tre une vue sur eux comme nationaux, pas sur ce nous collectif quelque peu illusoire&#8230;
Ainsi regardons quelques &#233;l&#233;ments d'un sondage pour la cha&#238;ne europ&#233;enne par excellence, Arte, r&#233;alis&#233; en 2007, en Allemagne, Espagne, France, Grande-Bretagne et Pologne
Question : Lorsque vous pensez &#224; l'Europe, quel est le mot qui vous vient le plus spontan&#233;ment &#224; l'esprit ? Allemagne Espagne France G-B Pologne Ensemble
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.lequichote.info/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Euro 78 81 49 39 43 60&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le fait d'appartenir &#224; l'Europe vous donne-t-il le sentiment que votre identit&#233; et votre culture sont : All Esp Fr	G-B Pol	Ensemble
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.lequichote.info/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Dav prot&#233;g&#233;es 28 44 26 23 21 28
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.lequichote.info/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif&quot; width='8' height='11' class='puce' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' /&gt; Dav menac&#233;es 48 25 42 48 24 40
O&#249; l'on voit que les valeurs spirituelles ne d&#233;finissent donc pas encore vraiment l'Europe&#8230;
Sur le site du Passant ordinaire, un bien beau titre pour une vision assez noire et critique de l'Europe, on peut lire ceci, sous le titre L'Europe vue d'Europe &#8211;(Emmanuel Renault) : &lt;i&gt;&#171; Que repr&#233;sente-t-elle, l&#224;-bas, en Roumanie, notre Europe ? Une puissance &#233;conomique et financi&#232;re qui impose ses r&#232;gles, qui donne des le&#231;ons de d&#233;mocratie lorsqu'un candidat populiste arrive au second tour des &#233;lections roumaines, ou encore, lorsque le gouvernement roumain accepte d'accorder aux citoyens am&#233;ricains l'impunit&#233; face au futur Tribunal P&#233;nal International. Aussi de nombreux Roumains parviennent-ils &#224; se r&#233;jouir, &#224; droite comme &#224; gauche, lorsque Le Pen arrive au second tour des &#233;lections pr&#233;sidentielles fran&#231;aises, ou encore, lorsque l'Europe finit par conc&#233;der, dans les statuts du TPI, un statut d&#233;rogatoire pour les citoyens am&#233;ricains.
On trouve m&#234;me certains Roumains pour comparer Ceausescu et la Commission : le premier demandait de consentir aux sacrifices qui conduiraient les g&#233;n&#233;rations futures &#224; jouir des b&#233;n&#233;fices du socialisme accompli, la seconde demande de consentir aux sacrifices qui conduiraient les g&#233;n&#233;rations futures &#224; une d&#233;mocratie prosp&#232;re.
Vue d'une autre Europe, voici notre Europe. En son versant n&#233;gatif : un colonialisme de l'impuissance &#8211; incapable d'asseoir sa puissance, face &#224; l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine, sur une politique &#233;trang&#232;re coh&#233;rente ou un mod&#232;le politique et social cr&#233;dible, elle s'accorde l'illusion d'&#234;tre un empire en imposant sa loi &#224; de faibles voisins. En son versant positif : une prosp&#233;rit&#233; r&#234;v&#233;e tellement longtemps qu'il faut bien se contenter d'une copie imparfaite &#8211; l'Europe : les Etats-Unis du pauvre. &#187;&lt;/i&gt;&lt;a href='http://www.passant-ordinaire.com/revue/43-488.asp' class='spip_out'&gt;(2)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Europe s'autoalimente &#224; l'envi d'images populistes, rassembl&#233;es dans un &#171; on &#187; immat&#233;riel, menteur, pr&#233;dateur, pervers. Cela s'appelle l'euro scepticisme, un syst&#232;me d&#233;cortiqu&#233; souvent et dr&#244;lement par Jean Quatremer, le correspondant de Lib&#233;ration &#224; Bruxelles.
Dans leur livre sur &lt;i&gt;&#171; l'Europe vue par les Britanniques &#187;&lt;/i&gt;, Catherine Illic et Chlo&#233; Leprince, toutes deux correspondantes &#224; Londres pour de grands m&#233;dias suisses, c'est-&#224;-dire &#224; cette place privil&#233;gi&#233;e du dehors et du dedans de l'Europe, concluent que les Anglais restent d&#233;finitivement &#224; part de l'Europe. Ils regardent tour &#224; tour l'Europe comme une co&#251;teuse entreprise bureaucratique, une institution fulminant des r&#232;glements rigides ou une p&#233;nible tour de Babel aux exigences linguistiques insurmontables... Et continuent &#224; parler des continentaux en disant :&lt;i&gt; &#171; L&#224;-bas en Europe &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_967 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lequichote.info/IMG/jpg/allegorieeurope.jpg&quot; title='JPEG - 58.4 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;&lt;img src='http://www.lequichote.info/local/cache-vignettes/L200xH165/allegorieeuropemin-d9ade.jpg' width='200' height='165' alt='JPEG - 58.4 ko' style='height:165px;width:200px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;J'ai commenc&#233; par les visons les plus sombres et n&#233;gatives, en voici d'autres plus amusantes, plus positives pour poursuivre. Regardons d'abord ce tableau de Fran&#231;ois Boucher qui revisita au XVIII&#232;me si&#232;cle, l'all&#233;gorie antique de l'enl&#232;vement d'Europe par Zeus. L'image offerte invite &#224; la douceur, tant par ses couleurs que par sa composition. Zeus/taureau est &#224; terre tranquille, tandis qu'Europe s'est install&#233;e sur lui tr&#232;s sereine. Une vision bien temp&#233;r&#233;e donc.&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_973 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lequichote.info/IMG/jpg/plantu-construction-europe.jpg&quot; title='JPEG - 575 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;&lt;img src='http://www.lequichote.info/local/cache-vignettes/L234xH300/plantu-construction-europemin-3ea8d.jpg' width='234' height='300' alt='JPEG - 575 ko' style='height:300px;width:234px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Observons maintenant la fresque bross&#233;e par Plantu, le plus c&#233;l&#232;bre des dessinateurs de presse fran&#231;ais, pour l'Express : quatre r&#233;cits s'y succ&#232;dent, celui d'un Moyen-&#194;ge de fureur, puis de conqu&#234;tes napol&#233;oniennes sanglantes, encore d'une Europe mise &#224; feu et &#224; sang par Hitler, avant d'arriver enfin &#224; une ribambelle de citoyens europ&#233;ens tout fiers et joyeux de leur bulletin de vote communautaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voyons encore cet autre dessin du caricaturiste Maximo d'El Pa&#239;s, le grand quotidien espagnol, o&#249; l'on voit deux passants ordinaires, justement, arpenter les terres europ&#233;ennes avec ce dialogue entre eux : &lt;i&gt;&#171; quelle chance d'&#234;tre n&#233; du bon c&#244;t&#233; de l'avenir ! &#187;&lt;/i&gt;, s'exclame le premier ;&lt;i&gt; &#171; et du pass&#233; &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;pond l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_971 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lequichote.info/IMG/jpg/maximo1.jpg&quot; title='JPEG - 71.5 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;&lt;img src='http://www.lequichote.info/local/cache-vignettes/L300xH226/maximo1min-62334.jpg' width='300' height='226' alt='JPEG - 71.5 ko' style='height:226px;width:300px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Plus &#224; l'Est en Roumanie, la caricature &#233;tait vivante : une journaliste d'une grande radio priv&#233;e rapportait, au mois de juin dernier, que le ministre de l'Education de son pays se disputait avec des enfants de classe maternelle au sujet du nombre d'&#233;toiles sur le drapeau europ&#233;en. Ce sont les enfants qui avaient raison&#8230; Il para&#238;t aussi que la Tch&#233;quie a choisi son slogan de pr&#233;sidence de l'Union pour le 1er janvier prochain : Evrope Osladime, une expression &#224; double sens : &lt;i&gt;&#171; Nous adoucirons l'Europe &#187;&lt;/i&gt; ou bien &lt;i&gt;&#171; Nous en feront baver &#224; l'Europe &#187;.&lt;/i&gt; Ainsi nous ne sommes pas tr&#232;s s&#251;rs de qui nous sommes&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, par le pass&#233;, et sans remonter &#224; H&#233;rodote, Erasme, Charlemagne, ou au si&#232;cle des Lumi&#232;res o&#249; l'on voyait les penseurs circuler librement d'un prince &#224; l'autre, le XIX&#232;me si&#232;cle particuli&#232;rement a &#233;t&#233; f&#233;cond en images positives de l'Europe : &lt;i&gt;&#171; Nous sommes le m&#234;me peuple : fraternit&#233; des patries dans la supr&#234;me unit&#233; r&#233;publicaine, les Peuples Unis d'Europe, voil&#224; l'avenir. Nous sommes la m&#234;me humanit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;, proph&#233;tisait Victor Hugo, 70 ans avant les ab&#238;mes de la grande guerre. Tandis qu'Edouard Moreau, le chef de la Garde nationale durant la Commune de Paris, un r&#233;volutionnaire donc, en avril 1871, s'enthousiasmait pour la formation des &#201;tats-Unis d'Europe, puisque le cycle de violence venait de s'achever avec la guerre franco prussienne, il en &#233;tait tellement s&#251;r&#8230; Comment de pas rappeler les Saint Simoniens, ma&#238;tre et disciples qui tous, les uns apr&#232;s les autres depuis l'aube jusqu'&#224; la fin du XIX&#232;me si&#232;cle, militaient partout pour une Europe qui s'&#233;tendrait jusqu'&#224; l'Orient et au Sud avanc&#233;s, une Europe qui deviendrait monde, mais dans le respect des autres et leurs cultures. L'Europe vacille en permanence entre deux repr&#233;sentations d'elle-m&#234;me : celle de la recherche d'une paix perp&#233;tuelle, et celle du repli national ou r&#233;gional sur soi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pourtant, Est/Ouest/Nord/Sud continuent &#224; rythmer la g&#233;ographie et &#224; dessiner les cartes de l'Union, &#224; l'int&#233;rieur et hors de ses contours. Nous parlons toujours de l'Europe du Sud, du Nord, mais surtout de celle de l'Ouest et de l'autre, l'aga&#231;ante de l'Est, la pas bien &#233;lev&#233;e comme l'avait lanc&#233; un jour de col&#232;re le pr&#233;sident fran&#231;ais Jacques Chirac. Mais nous sommes toujours &#224; l'Ouest de quelqu'un. L'Europe de l'Est se voit comme tr&#232;s occidentale par rapport &#224; une autre Europe, pas encore europ&#233;enne, qui serait encore plus &#224; l'Est. J'ai lu avec beaucoup d'int&#233;r&#234;t, le commentaire d'un g&#233;ographe originaire des Pays baltes, &#224; propos d'une carte de l'Europe pr&#233;sent&#233;e dans les livres d'&#233;cole des petits Lituaniens. La fronti&#232;re entre l'Est et l'Ouest n'y passe pas du tout entre la Pologne et l'Allemagne, ou entre la Tch&#233;quie et l'Autriche&#8230; Elle propose une Europe de l'Ouest, ou plut&#244;t une Europe du soir, dans la langue du pays, qui s'ach&#232;verait au-del&#224; des Pays Baltes, basculant apr&#232;s K&#246;nigsberg/Kaliningrad, &#224; la fronti&#232;re de l'Ukraine, de la Bi&#233;lorussie et de la Russie, qui constituent l'Europe de l'Est, ou plut&#244;t et plus joliment, celle du matin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voici un extrait du commentaire d'Olivier Vila&#231;a, dans son tr&#232;s passionnant article : L'&#233;quilibre : un argument esth&#233;tique au service du politique. &lt;a href='http://www.espacestemps.net/document500.html' class='spip_out'&gt;(3)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;dl class='spip_document_969 spip_documents spip_documents_right' style='float:right;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lequichote.info/IMG/jpg/carte.jpg&quot; title='JPEG - 31.8 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;&lt;img src='http://www.lequichote.info/local/cache-vignettes/L180xH187/cartemin-1f55d.jpg' width='180' height='187' alt='JPEG - 31.8 ko' style='height:187px;width:180px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si cette carte ne surprend pas au premier coup d'oeil, c'est que sa simplicit&#233;, son harmonie graphique et notre propre exp&#233;rience de la cartographie trahissent vraisemblablement notre sens critique. Pourtant, en y regardant de plus pr&#232;s, on se rend rapidement compte de l'originalit&#233; du document. Non pas tant par les limites externes qui sont donn&#233;es &#224; l'Europe - et que l'on a l'habitude de critiquer - mais bien par la limite interne qui r&#233;partit ici l'est et l'ouest de l'Europe d'une fa&#231;on plut&#244;t inattendue, en tout cas pour une personne habitu&#233;e aux cartes politiques de feue la Guerre Froide. Un double commentaire est donc possible, portant successivement sur l'&#233;quilibre des masses, et sur l'arbitraire des contours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On attribue g&#233;n&#233;ralement &#224; Aristote, longtemps avant les grands voyages exploratoires des 18e et 19e si&#232;cles et la &lt;i&gt;&#171; d&#233;couverte &#187;&lt;/i&gt; de l'Australie et de l'Antarctique, l'intuition de l'existence de masses terrestres importantes dans l'h&#233;misph&#232;re sud, venant n&#233;cessairement &#233;quilibrer celles de l'h&#233;misph&#232;re nord, afin de permettre &#224; la sph&#232;re terrestre d'&#234;tre stable et de garder la t&#234;te en haut.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a un peu de cette id&#233;e dans cette carte qui s&#233;pare l'Europe en deux parties quasiment &#233;gales. On ne peut certainement pas parler de sym&#233;trie, mais une impression d'&#233;quilibre se d&#233;gage nettement de cette composition color&#233;e. Comme si chaque partie &#233;tait naturellement le pendant de l'autre. D'un c&#244;t&#233;, se trouve, litt&#233;ralement, l'Europe du &#171; matin &#187; (Rytu Europa), c'est-&#224;-dire du Levant ou de l'Est. De l'autre c&#244;t&#233;, l'Europe du &#171; soir &#187; (Vakaru Europa), celle du Couchant ou du l'Ouest. La premi&#232;re est plus compacte, la seconde est plus &#233;parpill&#233;e, mais l'impression g&#233;n&#233;rale est plut&#244;t &#233;quilibr&#233;e. Et pourtant, les p&#233;dagogues de Vilnius ont choisi l'arbitraire contre l'histoire. &#187;
&lt;/i&gt;
Une derni&#232;re image de notre Europe renvoy&#233;e par nous-m&#234;mes avant de partir vers ses contours, plus flous, ces zones o&#249; notre identit&#233; se perdrait&#8230; Ces marges que nous allons explorer : et si elles passaient &#224; l'int&#233;rieur de nous-m&#234;mes ? Que dire de ces citoyens europ&#233;ens rejet&#233;s de toute part, et pourtant sans fronti&#232;res, donc Europ&#233;ens par essence, ces images tragiques de Roms, ou encore Gitans, ou encore Tsiganes, vivant dans les arri&#232;res cours de notre prosp&#233;rit&#233;, alors m&#234;me qu'un r&#233;cent sommet europ&#233;en s'est montr&#233; impuissant &#224; les aider ? Et voici donc l'image v&#233;hicul&#233;e par un milliardaire am&#233;ricain aux racines europ&#233;ennes dans plusieurs quotidiens &#224; travers le monde : &lt;i&gt;&#171; J'ai &#233;t&#233; t&#233;moin des conditions &#233;pouvantables et inhumaines dans lesquelles tant de Roms vivent de nos jours. Leurs niveaux de vie se sont effondr&#233;s. Ils vivaient mieux sous le communisme lorsque le gouvernement fournissait des services fondamentaux tels que le logement et l'emploi. &#187;&lt;/i&gt; Il s'agit de George Soros bien s&#251;r&#8230;`
Encore une fois : comment aller vers les autres, si nous ne voulons pas de nous-m&#234;mes ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'EUROPE VUE D'AILLEURS&lt;/p&gt; &lt;p&gt;EURASIE&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors que la crise g&#233;orgienne faisait tanguer dangereusement la plan&#232;te, voici quelques semaines, avec quelques journalistes europ&#233;ens &#224; Paris, j'ai eu l'honneur de d&#233;jeuner avec Michel Rocard, toujours d&#233;put&#233; europ&#233;en, qui pr&#233;sentait son dernier livre &#171; Notre Europe &#187; (4). Avec la verve qui le caract&#233;rise, l'ancien Premier ministre de la France r&#233;pondait &#224; une question sur la politique &#233;trang&#232;re de l'Union, par cet oxymoron : &lt;i&gt;&#171; gr&#226;ce &#224; la perte de cr&#233;dibilit&#233; des Etats-Unis, l'Europe, ce nain politique, qui ne ressemble &#224; rien, en tout cas pas &#224; ce qu'on pouvait imaginer, cette Europe a pourtant face &#224; une Am&#233;rique de force et de violence, l'occasion historique de jouer un r&#244;le diplomatique important. &#187;&lt;/i&gt; L'Europe serait donc un nain, nous dit Michel Rocard, g&#233;ographiquement et politiquement. Mais la g&#233;ographie n'est pas une science exacte, des contours flous peuvent se d&#233;tendre. La politique peut parfois distendre les fronti&#232;res, et surmonter des montagnes. Peut-&#234;tre voyons-nous trop petit, quand d'autres ailleurs ou ici savent &#233;tirer des surfaces &#224; l'infini. Au tournant du xix&#232;me au xx&#232;me si&#232;cle, des penseurs russes aussi s&#233;rieux que Soloviev, Berdiaiev ou Troubetskoi invent&#232;rent l'Eurasie. Plus tard, dans les ann&#233;es trente, un bien curieux diplomate, Richard Coudenhove Kalergi, passionn&#233; par cette Eurasie, invente l'Eurafrique. Entre l'Eurasie et l'Eurafrique, &#233;crit-il, la M&#233;diterran&#233;e n'est plus une fronti&#232;re mais un axe. Et en 1943, de retour de son premier voyage en Palestine o&#249; elle a organis&#233; l'arriv&#233;e des r&#233;fugi&#233;s juifs d'Europe, dans un article pour la revue Aufbau, Hannah Arendt, tout &#224; la fois eurasienne et eurafricaine, r&#233;invente une f&#233;d&#233;ration m&#233;diterran&#233;enne. Trois projets humanistes, trois utopies qui veulent se d&#233;marquer du colonialisme paternaliste, sans toujours y parvenir, et &#224; l'aune desquels nous mesurons l'esp&#233;rance d&#233;&#231;ue des populations vis&#233;es&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si des penseurs russes chr&#233;tiens ont invent&#233; ce concept d'Eurasie, qui par certains c&#244;t&#233;s sonne de fa&#231;on douteuse, un peu mystique et un peu panslave, c'est aussi parce qu'ils se sentent europ&#233;ens, mais des europ&#233;ens d&#233;&#231;us, mal aim&#233;s. Alors il faut inventer autre chose &#224; l'image de ce po&#232;me de Nicolai Kliuev au d&#233;but du XX&#232;me si&#232;cle :
&lt;i&gt;&#171; Nous sommes la foule des porteurs de soleil
Au moyeu de l'univers
Nous &#233;rigerons une maison joyeuse aux cent histoires
La Chine et l'Europe, le Nord et le Sud
Viendront dans la chambre en une ronde fraternelle
Pour rassembler l'Abysse et le Zenith
Leur parrain est Dieu lui-m&#234;me et leur M&#232;re
Est la Russie &#187;&lt;/i&gt;
Les aristocrates russes du XIX&#232;me si&#232;cle n'avaient aucun doute sur leur appartenance &#224; l'Europe : leurs enfants &#233;taient &#233;duqu&#233;s par des pr&#233;cepteurs venus de France, d'Allemagne, ou de Londres, ils parlaient souvent mieux les langues dites &#233;trang&#232;res, que le russe m&#234;me. Et avec les rigueurs de l'hiver, ils descendaient s'adoucir en Italie. Les Tsars s'entouraient de penseurs et d'artistes venus de l'Ouest, confiaient leur protection entre les mains de g&#233;n&#233;raux prussiens, et les mots voyageaient constamment entre les langues allemandes et russes. Pourtant, et ce n'est pas fini, ce pays continent a toujours suscit&#233; &#224; l'Ouest de l'Europe, et plus singuli&#232;rement en France, un m&#233;lange d'amour fou, de d&#233;sir, de haine, de peur et de rejet. Ainsi le marquis de Custine au retour de son p&#233;riple russe d&#233;nonce l'illusoire &#171; europ&#233;anit&#233; &#187; de la Russie dans laquelle il ne rep&#232;re que duperie et faux-semblant, tandis que la correspondance, les projets, les actes d'un Alexandre 1er, tsar de toutes les Russies au d&#233;but du XIX&#232;me si&#232;cle, indiquent tout au contraire un tropisme europ&#233;en irr&#233;ductible. Comment expliquer notre refus : peut-&#234;tre qu'en ces terres immenses, nous pouvons r&#233;citer nos fantasmes mais aussi nos angoisses. Cette Eurasie est aussi une r&#233;action &#224; ces allers retours, une mani&#232;re de tourner le dos &#224; l'Europe, tout en lui restant fid&#232;le. Cet eurasisme tomb&#233; en d&#233;su&#233;tude pendant des d&#233;cennies reprend de la vigueur de nos jours, sous la pouss&#233;e d'une nouvelle pens&#233;e slavophile mais aussi parce que l'Europe reste d&#233;cid&#233;ment ferm&#233;e &#224; la Russie, plus attentive &#224; suivre l'ami am&#233;ricain dans son ostracisme. La crise g&#233;orgienne l'a encore une fois en partie montr&#233;.
Qu'est donc devenue la fameuse maison commune que voulait b&#226;tir Mikhail Gorbatchev d&#232;s 1984. Voil&#224; une image tellement positive, tellement simple, presque un dessin d'enfant. Pourquoi donc se couper de cet ensemble qui nous ressemble tant. J'ai voyag&#233; en train de Saint P&#233;tersbourg la tr&#232;s europ&#233;enne &#224; Krasnoiarsk au c&#339;ur de la Sib&#233;rie &#8211; quatre jours de train &#224; travers une m&#234;me plaine, au bout desquels je suis arriv&#233;e dans une ville qui &#233;tait une copie quasi conforme de l'ancienne capitale&#8230; Dans la presse russe, on trouve souvent cette interrogation : pourquoi donc les Europ&#233;ens ne veulent-ils pas nous int&#233;grer, alors que pour r&#233;sister aux d&#233;fis qui s'annoncent, un continent europ&#233;en &#224; la taille des nouvelles entit&#233;s mondiales est indispensable ? Comment faire comprendre aux Russes que l'on est pr&#234;t &#224; accueillir l'Ukraine et la Bi&#233;lorussie au sein de l'Union, et pas la Russie, une divison g&#233;ographique et g&#233;opolitique rendue d&#233;cidemment caduque par l'histoire, sans m&#234;me remonter jusqu'&#224; Alexandre Nievsky ? Pourquoi donc se demandent-il, les Europ&#233;ens se privent-ils ainsi d'un trait d'union entre l'Orient et l'Occident ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La TURQUIE, vestige d'une autre Eurasie&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voil&#224; donc des questions russes. Il suffirait de changer un mot, et nous nous retrouverions en Turquie avec les m&#234;me points d'interrogation. Pourquoi donc, se demandent aujourd'hui dans ce pays nombre d'intellectuels, de journalistes ou d'entrepreneurs, les Europ&#233;ens ne veulent-ils pas des Europ&#233;ens que nous sommes ? L&#224; aussi l'histoire cohabite avec le pr&#233;sent comme &#224; Izmir ou Istambul, villes r&#233;solument europ&#233;ennes. Elle affleure avec un Empire Ottoman que l'on pourrait d&#233;crire comme Europ&#233;en, asiatique et africain, une sorte d'Eurafriquasie ou Eurasiefrique. Et l'on retrouve aussi une Turquie tr&#232;s europ&#233;enne, durant la guerre de Crim&#233;e en 1851 o&#249; les envoy&#233;s sp&#233;ciaux des premiers grands quotidiens d&#233;crivaient l'arm&#233;e turque comme identitairement europ&#233;enne. L'amertume et l'incompr&#233;hension affleurent donc &#224; longueur de plume de Yachar Kemal &#224; Orham Pamiouk. Et chez d'autres&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mon amie &#233;crivaine et journaliste Min&#233; Kirikkanat, l'une des &#233;ditorialistes les plus c&#233;l&#232;bres de Turquie, plusieurs fois laur&#233;ate du prix du courage journalistique, a publi&#233; voil&#224; trois ans &#224; Istambul un roman qui a mis le pays sens dessus dessous. En turc ce livre s'intitulait Un jour la nuit, ce qui est devenu La mal&#233;diction de Constantin dans sa traduction fran&#231;aise (5). L'Europe, c'est-&#224;-dire l'Union avec ses institutions, y jouent un grand r&#244;le. Min&#233; a &#233;crit un roman d'anticipation : un tremblement de terre suivi d'un tsunami ravagent Istanbul. La ville est coup&#233;e du monde. Mais des Turcs de la diaspora invoquent l'aide europ&#233;enne. Istanbul d&#233;truite devient alors le th&#233;&#226;tre d'une lutte sans merci entre Union europ&#233;enne et &#201;tats-Unis pour sa reconstruction, chacun voulant mettre la main par ce biais sur ce noeud strat&#233;gique. Dans ce livre, l'Europe est plut&#244;t cynique, elle s'est oubli&#233;e elle-m&#234;me avec ses valeurs, elle ne raisonne plus qu'en termes de convoitise strat&#233;gique et financi&#233;re, une strat&#233;gie &#224; tr&#232;s court terme selon l'auteure, dont on sent &#224; longueur de lignes l'amour terriblement d&#233;&#231;u. Si ce livre a connu un succ&#232;s exceptionnel, c'est certainement qu'il a rencontr&#233; un grand &#233;cho dans le sentiment populaire. Qu'elles sont loin, les eaux douces d'Europe, celles qui alimentent les citernes des palais d'Istanbul, dans le tr&#232;s beau roman de Brigitte Peskine, saga d'une famille juive turque au XX&#232;me si&#232;cle, l'histoire m&#234;me d'une famille europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;dl class='spip_document_975 spip_documents spip_documents_left' style='float:left;'&gt;
&lt;dt&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lequichote.info/IMG/jpg/TRAITEROME-25-03-07a.jpg&quot; title='JPEG - 192.8 ko' type=&quot;image/jpeg&quot;&gt;&lt;img src='http://www.lequichote.info/local/cache-vignettes/L300xH278/TRAITEROME-25-03-07amin-7ba68.jpg' width='300' height='278' alt='JPEG - 192.8 ko' style='height:278px;width:300px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/dt&gt;
&lt;/dl&gt;
&lt;p&gt;Pour le 50&#232;me anniversaire du Trait&#233; de Rome, l'an pass&#233;, Ali Dilem, caricaturiste alg&#233;rien, mais aussi sans fronti&#232;res, laur&#233;at du plus prestigieux prix am&#233;ricain du dessin de presse, a envoy&#233; un dessin pour l'&#233;mission Kiosque de TV5Monde, comme il le fait chaque semaine. On y voit deux portes, l'une bleue frapp&#233; des &#233;toiles europ&#233;ennes, l'autre rouge orn&#233;e du croissant et de l'&#233;toile turque. Elles encadrent un faire part qui dit ceci : nous f&#234;tons un anniversaire entre amis, veulliez nous excuser pour la g&#234;ne occasionn&#233;e. Derri&#232;re la porte bleue, on fait la bringue. Devant la rouge, un pauvre citoyen turc, son panier de courses &#224; la main, rentre chez lui et montre son agacement d'&#234;tre ainsi importun&#233;&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2 &#8211; L'Union pour la M&#233;diterran&#233;e&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hannah Arendt n'&#233;prouvait certainement pas ces sentiments antirusse et antiturque, elle la native de K&#246;nigsberg/Kaliningrad, ce lieu improbable et flottant entre langues, nations et cultures. C'est peut-&#234;tre pour cela que, reprenant le r&#234;ve fou des disciples de Saint Simon d'un &#171; syst&#232;me M&#233;diterran&#233;en &#187;, elle imagina l'utopie d'une f&#233;d&#233;ration m&#233;diterran&#233;enne. Relisons d'abord Michel Chevalier, disciple de Saint-Simon, qui laisse da plume redessiner la g&#233;ographie dans le journal Le Globe en 1832 (6) :&lt;i&gt; &#171; La M&#233;diterran&#233;e avec ses rives a &#233;t&#233; le continuel champ de bataille o&#249; s'entre-d&#233;chiraient l'Orient et l'Occident. Depuis le d&#233;barquement des Grecs en Troade jusqu'&#224; la bataille de Navarin, la M&#233;diterran&#233;e a &#233;t&#233; le principal chemin par lequel ils sont all&#233;s l'un l'autre se chercher &#224; la main pour s'exterminer. La M&#233;diterran&#233;e doit &#234;tre d&#233;sormais un vaste forum sur tous les points duquel nous communieront les peuples jusqu'ici divis&#233;s. La M&#233;dierran&#233;e va devenir le lit nuptial de l'Orient et de l'Occident. &#187;&lt;/i&gt; L'imaginaire des Saint Simoniens &#233;tait sans limite, puisqu'il incluait dans ce syst&#232;me m&#233;diterran&#233;en, l'Angleterre, l'Allemagne et pr&#233;tendait m&#234;me jeter des passerelles jusqu'au Nouveau Monde. Tout comme la g&#233;ographie inventive d'Hannah Arendt, un si&#232;cle plus tard. En 1943, en pleine catastrophe europ&#233;enne donc, c'est aussi dans une revue, Aufbau (Reconstruction), qu'elle esquisse les contours d'un monde nouveau, qui permettra tout &#224; la fois de construire un avenir de paix et de liquider les trag&#233;dies de l'histoire &lt;a href='http://www.lequichote.info/La-geographie-imaginaire-d-Hannah.html' class='spip_out'&gt;(7)&lt;/a&gt;. Il suffit d'un peu d'imagination, nous dit-elle, et le pourtour de la M&#233;diterran&#233;e serait un parc paysager &#224; la mani&#232;re de celui qui germa dans la t&#234;te du banquier visionnaire Albert Kahn, au si&#232;cle dernier, &#224; Boulogne sur les bords de Seine, ou bien comme les fontaines en cascades de Grenade : l'on passerait d'un jardin &#224; l'autre, d'une v&#233;g&#233;tation &#224; l'autre, d'une culture &#224; l'autre, sans barri&#232;re, sans rupture. Des eaux douces d'Europe &#224; Istanbul, on se laisserait glisser vers les vignes de Baalbek, avant de go&#251;ter aux oranges de Jaffa ou aux olives de Gaza. Viendraient les &#238;les et les marais du Nil, le d&#233;sert libyen, les vergers de Tunis puis les terrasses kabyles, les clochers de Barcelone, les figuiers de Sicile ou les ruines de l'Olympe. Ce r&#234;ve &#233;veill&#233; fut donc un jour &#233;crit par Hannah Arendt, en 1943, alors qu'elle venait de quitter le vieux continent livr&#233; &#224; la barbarie. Et pourtant, a priori, la philosophe n'&#233;voque pas une figure de l'utopie. C'est de la r&#233;alit&#233;, du r&#233;el le plus effrayant qu'elle a nourri sa pens&#233;e et son &#339;uvre, le nazisme, les totalitarismes, les nationalismes. Cette construction politique qui nous semble aujourd'hui hors du r&#233;el, allait presque de soi pour celle qui se projetait dans un monde domin&#233; par l'intelligence, un monde d'humains philosophes. L'avenir l'impossible, celui qu'il fallait &#233;viter, c'&#233;tait justement l'inverse, fond&#233; exclusivement sur des Etats nations, pr&#233;tendus protecteurs de minorit&#233;s et guett&#233;s un jour ou l'autre par des explosions.
Son premier voyage en Palestine est une r&#233;v&#233;lation. Le choc de l'Orient, le soleil, la poussi&#232;re, le d&#233;sordre, assaillent la jeune bourgeoise allemande, et les images se figent, se juxtaposent, au premier rang desquelles celle des r&#233;fugi&#233;s juifs entass&#233;s dans des conditions pr&#233;caires et celle des vieux habitants arabes de J&#233;rusalem. &#192; compter de ce moment, elle sait, qu'en d&#233;pit de toutes les disputes souvent tr&#232;s vives qui agitent le mouvement sioniste sur les formes de l'&#201;tat &#224; venir, &lt;i&gt;&quot; la question cardinale, c'est la question arabe &quot;&lt;/i&gt; (3). Inlassablement, elle se demande comment combattre l'antis&#233;mitisme, comment assurer un avenir aux Juifs d'Europe qui fuient le g&#233;nocide. De cette interrogation, elle commence &#224; fonder une r&#233;flexion politique plus g&#233;n&#233;rale, avec une r&#233;pulsion de plus en plus marqu&#233; pour l'&#201;tat-nation, universel qui se pr&#233;tend protecteur des droits des minorit&#233;s, et s'autoproclame forme ultime d'administration de la d&#233;mocratie. Elle d&#233;c&#232;le les fractures en germe au Proche-Orient, contenues dans le futur &#201;tat, quel qu'il soit - binational, juif avec une minorit&#233; arabe, ou arabe avec une minorit&#233; juive. Dans tous les cas, les minorit&#233;s seront perdantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sa lucidit&#233; se fonde sur le r&#233;el. Elle n'a pas &#224; regarder loin en arri&#232;re pour se rappeler la faillite des &#201;tats d'Europe centrale explosant sous la pression des minorit&#233;s, poussant le monde occidental une premi&#232;re fois dans le gouffre. C'est cette r&#233;p&#233;tition qu'elle craint et qu'elle veut pr&#233;venir. &#201;coutons-l&#224; encore :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&quot; La tentative de r&#233;soudre les conflits nationaux par la cr&#233;ation d'un c&#244;t&#233; d'&#201;tats souverains et de l'autre la garantie des droits des minorit&#233;s au sein de ces &#201;tats compos&#233;s de nationalit&#233;s diff&#233;rentes, cette tentative a connu dans notre histoire r&#233;cente une d&#233;faite tellement spectaculaire qu'on pourrait penser que personne n'aurait l'id&#233;e d'emprunter &#224; nouveau ce chemin. (...) Depuis les accords de paix de 1918, l'histoire nous offre un nombre impressionnant d'&#233;checs &#224; r&#233;soudre les conflits nationaux. Il n'y a aucune raison d'esp&#233;rer trouver une solution au probl&#232;me de la Palestine dans un esprit nationaliste, que ce soit &#224; travers un petit &#201;tat juif souverain ou dans un gigantesque empire arabe. &quot;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas d'&#201;tat, mais quoi alors ? Elle imagine des&lt;i&gt; &#171; maisons nationales &#187;&lt;/i&gt;, des&lt;i&gt; &quot; foyers &quot;&lt;/i&gt;, des entit&#233;s vivant en harmonie sous un immense chapeau f&#233;d&#233;ral, o&#249; l'on ne se pense plus en majorit&#233;s ou minorit&#233;s, mais en individus. Ses mod&#232;les pourraient aujourd'hui pr&#234;ter &#224; sourire, apr&#232;s un ou deux faire part de d&#233;c&#232;s : les &#201;tats-Unis bien s&#251;r, mais aussi l'Union sovi&#233;tique ou encore le Commonwealth britannique, d&#233;sormais ombres pass&#233;es. Et voil&#224; notre Hannah pench&#233;e sur son planisph&#232;re qui trace les contours de sa F&#233;d&#233;ration m&#233;diterran&#233;enne, toujours plus vaste, toujours plus loin, pour ainsi r&#233;soudre non seulement la question de la Palestine, mais aussi d&#233;coloniser en douceur. Aujourd'hui, &#224; l'aune des derni&#232;res d&#233;cennies marqu&#233;es par la guerre, ces lignes nous semblent archa&#239;ques, quelque peu na&#239;ves et bien insuffisantes. Il faudrait les lire, en se glissant dans sa peau de fuyarde, en remontant le temps, jusqu'&#224; cette ann&#233;e 1943 o&#249; elles furent &#233;crites, un an seulement apr&#232;s la d&#233;cision de mettre en marche la &quot; solution finale &quot;. Ils &#233;taient bien peu nombreux ceux qui, d&#232;s ce moment-l&#224;, comprirent qu'en Palestine&lt;i&gt; &quot; la question arabe &quot;&lt;/i&gt; resterait la &lt;i&gt;&quot; question cardinale &quot;&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;&quot; La v&#233;rit&#233;, affirme-t-elle, c'est que la Palestine comme maison nationale pour les Juifs ne sera viable que si elle est int&#233;gr&#233;e comme d'autres petits pays, petites nations, dans une F&#233;d&#233;ration m&#233;diterran&#233;enne. (...) Par ailleurs l'Espagne, l'Italie, et la France pr&#233;tendent ne pas pouvoir vivre sans leurs colonies d'Afrique. Une telle f&#233;d&#233;ration pourrait r&#233;soudre la question des colonies d'une mani&#232;re &#233;quitable. Cela signifierait aussi que les Juifs r&#233;int&#232;greraient la culture m&#233;diterran&#233;enne &#224; laquelle ils ont contribu&#233;. Ensuite on pourrait &#233;largir ce cadre politique aux nations europ&#233;ennes. Cela fait longtemps que les Arabes sont li&#233;s aux peuples europ&#233;ens, qu'ils ont apport&#233; d'immenses contributions &#224; la culture occidentale, et donc personne ne devrait avoir peur de cette int&#233;gration. &quot;&lt;/i&gt; La France, l'Italie, la Turquie, mais aussi l'Allemagne ou les Pays-Bas, la g&#233;ographie m&#233;diterran&#233;enne d'Hannah ne conna&#238;t pas de limites. Ce sont les gouvernants, les politiques qui manquent d'imagination et qui imposent &#224; cette fichue plan&#232;te, des territoires &#233;troits, ferm&#233;s, repli&#233;s sur d'improbables et mensong&#232;res qu&#234;tes identitaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ces r&#234;ves, n&#233;s dans des cerveaux europ&#233;ens, sont re&#231;us avec suspicion sur les rives non europ&#233;ennes de la M&#233;diterran&#233;e, aujourd'hui, comme tout ce qui vient des anciens colonisateurs. Voil&#224; quelque temps, j'ai assist&#233; &#224; une conversation &#233;difiante entre une conseill&#232;re de l'Elys&#233;e, charg&#233;e d'impulser ce beau projet d'Union pour la M&#233;diterran&#233;e du pr&#233;sident Sarkozy, avec un diplomate marocain. Qu'il y avait loin entre l'enthousiasme de l'une et la r&#233;serve polie de l'autre, qui n'arrivait pas &#224; surmonter de son diff&#233;rend avec le voisin alg&#233;rien&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#201;coutons aussi un tr&#232;s grand amoureux de l'Europe, natif du Liban, l'&#233;crivain/journaliste Antoine Sfeir&lt;a href='http://www.canalacademie.com/L-Europe-vue-du-monde-arabo.html' class='spip_out'&gt;(8)&lt;/a&gt; :
&lt;i&gt;&#171; Disons-le sans ambages : l'Europe, pour le monde musulman, aujourd'hui, repr&#233;sente un concept abstrait. Que ce soit l'Europe g&#233;ographique ou l'Union europ&#233;enne, entit&#233; essentiellement &#233;conomique en attendant qu'elle devienne une v&#233;ritable entit&#233; politique, ce vaste ensemble n'a pas encore remplac&#233; les Etats Nations que sont la France, l'Angleterre, l'Espagne, l'Allemagne, l'Italie ou encore le Portugal.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N'est-ce pas, apr&#232;s tout, un juste retour des choses ? Au d&#233;but du XX&#232; si&#232;cle, les puissances coloniales ont voulu instituer des fronti&#232;res dans des r&#233;gions qui, souvent, n'en avaient pas vraiment connu depuis l'empire de Pharaon ; elles ont voulu cr&#233;er des Etats Nations &#224; l'image du mod&#232;le occidental : il ne faut pas s'&#233;tonner alors que ces populations aient du mal &#224; percevoir l'ensemble europ&#233;en autrement que comme une alliance naturelle entre Etats souverains. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et au-del&#224; du monde arabe, de son personnel politique, Antoine Sfeir met le doigt sur un effet miroir : l'Islam impose une vraie communaut&#233;, la Oumma, &#224; ses membres, autour d'une langue, d'une pratique religieuse et sociale. Jamais la Oumma ne se divisera, poursuit l'essayiste. En outre, en d&#233;pit de la diversit&#233; ethnique, le monde musulman a d&#232;s le d&#233;part une langue prioritaire, et ce, jusqu'&#224; aujourd'hui puisque l'arabe est la langue du Coran. En Europe, au contraire, on parle des langues certes cousines mais bien diff&#233;renci&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'est une des raisons pour lesquelles le regard port&#233; sur l'Europe n'y voit que des royaumes et des empires divis&#233;s.
L'islam, Oumma sans fronti&#232;res, per&#231;oit l'Europe &#233;clat&#233;e en monarchies, Duch&#233;s, Baronnies etc&#8230; Les Empires se d&#233;font au gr&#233; des h&#233;ritages ou des divisions, des conflits et des guerres fratricides. L'islam con&#231;oit alors mal les mutations de l'Europe chr&#233;tienne quand lui-m&#234;me est parvenu &#224; dig&#233;rer ses d&#233;chirures.
Et aujourd'hui, les musulmans regardent l'Europe comme &#233;tant une sorte d'agr&#233;gats d'Etats qui mettent surtout en commun leurs int&#233;r&#234;ts. C'est une r&#233;gion qui r&#233;ussit, qui produit, qui ne cesse de s'enrichir.
Mais c'est aussi une r&#233;gion qui n'a pas de valeurs aux yeux des musulmans. Elle a perdu ses r&#233;f&#233;rences spirituelles ; elle est devenue a-religieuse. Ainsi, on ne se marie plus, on se &#171; pacse &#187;, concept &#233;tranger sinon inadmissible en terre d'islam o&#249; la famille est v&#233;ritablement sacro-sainte. L'Europe n'est plus respectable. Le monde musulman en g&#233;n&#233;ral est choqu&#233;. Sur ce point, il se retrouve alors davantage en accord avec les &#201;tats-Unis o&#249; la religion demeure omnipr&#233;sente. &#187;&lt;/i&gt; Ces lignes sont s&#233;v&#232;res, elle sont sans doute lucides&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'EURAFRIQUE&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Europe comme donneuse de le&#231;ons, c'est toujours la m&#234;me histoire qui resurgit. Les Europ&#233;ens croient leurs id&#233;es merveilleuses et g&#233;n&#233;reuses et s'&#233;tonnent que les autres n'en veulent pas. Dans les ann&#233;es trente, Richard Coudenhove-Kalergi, un personnage pittoresque, sorte d'h&#233;ritier fantasque des saints simoniens, p&#233;tri de plusieurs cultures familiales, grecque, autrichienne, hollandaise, mais aussi japonaise, pr&#244;ne le m&#233;tissage comme gouvernance et l'Eurafrique comme mod&#232;le g&#233;ographique et g&#233;opolitique, travers&#233;e par une M&#233;diterran&#233;e nourrici&#232;re. &#192; l'&#233;poque, la suspicion d'un n&#233;ocolonialisme renfor&#231;ant la main mise de l'Europe avait &#233;t&#233; grande en Afrique. Plusieurs fois relanc&#233; et critiqu&#233;, ce concept a &#233;t&#233; remis au go&#251;t du jour par le pr&#233;sident fran&#231;ais lors de son fameux discours de Dakar en juillet 2007. Il s'agissait pour lui d'appeler les jeunes Africains &#224; s'approprier les valeurs et modes europ&#233;ens, une fois que la page du pass&#233; aurait &#233;t&#233; tourn&#233;e. On sait l'accueil pour le moins mitig&#233; que ces propos ont suscit&#233;&#8230; C'est sans doute que pour tourner la page de l'Histoire, il faudrait d'abord la lire, ce qui malheureusement n'a sans doute pas &#233;t&#233; suffisamment fait en Europe, m&#234;me si notamment la Belgique a ouvert la voie dans ce domaine. Voici par exemple un extrait de la r&#233;ponse du pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e nationale de C&#244;te d'Ivoire, M. Koulibaly, dans le quotidien La Voie, &#224; cette invitation eurafricaine de la France&lt;a href='http://www.tchadforum.com/node/130' class='spip_out'&gt;(9)&lt;/a&gt; : &lt;i&gt;&#171; Vous nous d&#238;tes : Je vous propose l'Eurafrique.
Vous entrez avec moi dans les bonnes gr&#226;ces de l'Europe.
Je vous apporte l'Europe comme hier je vous ai apport&#233; l'Esclavage.
Je vous apporte l'Europe comme hier je vous ai apport&#233; la Colonisation.
Le monde, ce n'est pas que l'Europe. Le monde, c'est aussi l'Afrique, c'est aussi l'Am&#233;rique, c'est aussi l'Asie. Le monde, c'est ailleurs. Nous voulons choisir librement notre m&#233;thode d'y entrer, notre fa&#231;on d'y participer. Ce n'est pas par d&#233;go&#251;t, mais c'est notre int&#233;r&#234;t et rien que cela.
L'Eurafrique ? Tr&#232;s bien merci. Mais &#231;a sera vraisemblablement comme par le pass&#233;. Au lieu de l'Eurafrique, nous voulons la LibrAfrique &#187;&lt;/i&gt;
Peut-&#234;tre que pour faire avancer les id&#233;es g&#233;n&#233;reuses il faudrait aussi renverser la s&#233;mantique : imaginons qu'au lieu d'Eurafrique on ait invers&#233; les termes et propos&#233; l'Afreurope ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'histoire de la colonisation n'a pas fini d'impr&#233;gner l'horizon europ&#233;en des Africains. Un tr&#232;s joli recueil pour les &#233;ditions du Cavalier bleu a rassembl&#233; voil&#224; quatre ans, une s&#233;rie de nouvelles d'auteurs de diff&#233;rents pays africains sous le titre l'Europe vue d'Afrique. Jean Christophe Ruffin, le m&#233;decin diplomate, l'a pr&#233;fac&#233;, et c'est ainsi qu'il commence :&lt;i&gt; &#171; Moi vendredi, toi Robinson. Tel est le principe de ce livre : l'indig&#232;ne change de camp. Celui que l'on observe, humain peut-&#234;tre mais avec de myst&#233;rieux comportements qui &#233;voquent l'animal, celui que l'on classe, d&#233;nomme, interpelle plaisamment cette fois, c'est l'Europ&#233;en. F&#233;lin de race royal, le blanc d'Europe en a vu de toutes les couleurs mais toujours acteur, d&#233;couvreur, missionnaire, convertissant, civilisant, conqu&#233;rant. Or voici que dans son dos, le sujet de ses explorations s'est perfidement gliss&#233; : il a lev&#233; son tr&#233;pied, viss&#233; une chambre noire, et clac ! il s'amuse &#224; se faire &#224; son tour observateur. Il cliche, croque, d&#233;peint, d&#233;visage, radiographie, diss&#232;que&#8230; Convenons que l'exp&#233;rience n'est pas agr&#233;able&#8230; &#187;&lt;/i&gt; (10)
Effectivement, les images d'Eldorado y c&#244;toient le grotesque ou la trag&#233;die, comme ce vieil homme imagin&#233; par un romancier s&#233;n&#233;galais qui raconte une Europe miraculeuse &#224; son retour chez lui, et vit des nuits d'enfer peupl&#233;es de cauchemars qui racontent eux une tout autre r&#233;alit&#233;. Ou ce B&#233;ninois qui enterre son ami fran&#231;ais en terre d'Afrique en donnant des nouvelles farfelues, invent&#233;es, en provenance du vieux continent : &lt;i&gt;&#171; Un coll&#232;ge de scientifiques vient de d&#233;couvrir quelque chose d'ahurissant : le rire du blanc serait dix fois plus an&#233;mi&#233; que tous les rires des autres races et r&#233;gions du monde. Pourquoi ? Parce qu'il est &#233;tabli que le rire blanc serait compl&#232;tement aseptis&#233;, polic&#233;, tamis&#233; et m&#234;me cot&#233; en bourse. Il appartiendrait d&#233;sormais &#224; la m&#234;me famille que les organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s, c'est-&#224;-dire sans vitamine, sans vie et s&#233;v&#232;rement chimique. Selon ces m&#234;mes technocrates, on n'a pas encore atteint la cote d'alerte. Car comme pour la vache folle, les d&#233;cideurs politiques attendent l'explosion du rire fou avant de r&#233;agir. &#187;&lt;/i&gt;
Tandis que le malgache Jean Luc Raharimanana raconte sa derni&#232;re tourn&#233;e europ&#233;enne et constate que &lt;i&gt;&#171; la France nous a trop colonis&#233;s pour que l'on ait conscience de l'Europe. L'Europe s'offre par les images qu'elle plaque sur ses murs, sur ses &#233;crans, sur ses r&#234;ves d'elle. L'Europe se donne &#224; voir, mais ne se livre pas. Elle a oubli&#233; de se raconter, s&#251;re de l'impact de son pass&#233; et de ses images. D'ailleurs existe-t-elle cette Europe ? &#187;&lt;/i&gt; Il n'est peut-&#234;tre pas agr&#233;able de se voir au miroir des autres, mais c'est salutaire. Et ce ne sont pas, manifestement, les sommets Europe/Afrique, Europe/Am&#233;rique latine, ou Europe/Asie, qui changeront l'id&#233;e l&#224;-bas que ce que nous, pr&#233;tendus porteurs de civilisation et de damocratie, attendons des autres c'est d'abord leur valeur marchande&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;DE L'AUTRE C&#212;T&#201; DES OC&#201;ANS&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je voudrais terminer ce tour d'horizons en &#233;largissant l'angle de vue. Aux antipodes d'abord, en Australie, o&#249; l'envoy&#233; sp&#233;cial en Europe de The Australian, est revenu chez lui avec un (long) reportage d'une grande s&#233;v&#233;rit&#233;. Il n'y a pas plus s&#233;v&#232;re semble-t-il que les convertis, ancien aurop&#233;ens adeptes du nouveau monde&#8230; Voici ce qu'il livre de son tour d'Europe, en pr&#233;ambule &lt;a href='http://www.gonordisk.net/article-3031404.html' class='spip_out'&gt;(11)&lt;/a&gt; :&lt;i&gt; &#171; Vous devez d&#233;sormais effacer de votre esprit l'image d'une Europe unie. Qu'y a-t-il de commun entre une France la&#239;que et une Pologne tr&#232;s catholique. Les diff&#233;rences, loin de s'att&#233;nuer, augmentent. Les dirigeants europ&#233;ens sont ind&#233;cis quant &#224; la direction que doit prendre leur &#233;pique projet. Il n'y a pas plus d'identit&#233; europ&#233;enne que de mod&#232;le social europ&#233;en. Quant &#224; la zone euro c'est juste une union mon&#233;taire, pas un march&#233; commun, unique, comme nous l'avons en Australie ou aux &#201;tats-Unis. &#187;&lt;/i&gt; d&#233;crit M. Paul Kelly &#224; ses lecteurs, dans les colonnes d'un journal pourtant tout &#224; fait recommandable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Heureusement, nous voici sauv&#233;s par les Am&#233;ricains, de fa&#231;on bien inattendue, il faut l'avouer. Dans une toute r&#233;cente livraison de Time, en pleine crise financi&#232;re, Bill Saporito a &#233;crit dans la version &#201;tats-unienne du magazine, un article d'anticipation d&#233;sopilant &lt;a href='http://www.time.com/time/nation/article/0,8599,1843168,00.html' class='spip_out'&gt;(12)&lt;/a&gt; :&lt;i&gt; &#171; Voici comment nous sommes devenus les &#201;tats-Unis d'Europe ! &#187; &#192; partir du plan de sauvetage de l'&#233;conomie am&#233;ricaine, l'auteur montre que tout ce dont les Am&#233;ricains se moquent dans le syst&#232;me europ&#233;en, avec une prime pour la France, va bient&#244;t arriver aux &#201;tats-Unis, parce que c'est la seule fa&#231;on de sauver le syst&#232;me. &#171; Admettons-le mes amis, nous ne sommes maintenant plus diff&#233;rents de tous ces Etats ouest europ&#233;ens semi socialistes dont nous aimions tant nous moquer&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Qui peut donc pr&#233;tendre encore que l'Europe s'am&#233;ricanise !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;CONCLUSION&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Permettez-moi pour finir d'&#233;voquer encore un peu mon histoire personnelle : mon grand-p&#232;re, &#233;crivain et historien, avait fond&#233; au lendemain de la Premi&#232;re guerre mondiale, et apr&#232;s voir pass&#233; sept ans sous les drapeaux, les premi&#232;res &lt;i&gt;&#171; amiti&#233;s franco-allemandes &#187;&lt;/i&gt;. Puis, il avait consacr&#233; les derni&#232;res ann&#233;es de sa vie &#224; &#233;laborer un plan de paix universel qui pr&#233;voyait un d&#233;sarmement total et simultan&#233; dans tous les coins de la plan&#232;te. Mon p&#232;re, juriste, disparu voil&#224; trois mois, avait mis toutes ses forces &#224; l'&#233;laboration de la charte des droits fondamentaux, vitrine des valeurs europ&#233;ennes. Mais il disait aussi, lors d'un entretien avec une journaliste italienne, &lt;i&gt;&#171; qu'il ne servirait &#224; rien, en tout cas, de vouloir &#224; tout prix uniformiser notre plan&#232;te, car la diversit&#233;, reconnue pour l'Europe dans la Charte, est, ou &#224; la limite devrait &#234;tre, un facteur d'&#233;quilibre et de paix. &#187;&lt;/i&gt; Il me semble que l'un et l'autre m'ont appris ceci : c'est que pour aller vers les autres, il faut laisser les autres venir &#224; soi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;NOTES&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(1) Voyage d'un Europ&#233;en &#224; travers le XX&#232;me si&#232;cle, 1065 pages, Gallimard, Paris, 2008&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(2) &lt;a href='http://www.passant-ordinaire.com/revue/43-488.asp' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;http://www.passant-ordinaire.com/re...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(3) &lt;a href='http://www.espacestemps.net/document500.html' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;http://www.espacestemps.net/documen...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(4) Notre Europe, avec Nicole Gnessotto, Robert Laffont, 394 p, Paris, 2008&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(5) La mal&#233;diction de Constantin, Ed Metaili&#233;, 252 p, Paris, 2006&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(6) Le syst&#232;me m&#233;diterran&#233;en, Ed Mille et une nuits, 92 p, Paris, 2006&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(7) &lt;a href='http://www.lequichote.info/La-geographie-imaginaire-d-Hannah.html' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;http://www.lequichote.info/La-geogr...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(8) &lt;a href='http://www.canalacademie.com/L-Europe-vue-du-monde-arabo.html' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;http://www.canalacademie.com/L-Euro...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(9) &lt;a href='http://www.tchadforum.com/node/130' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;http://www.tchadforum.com/node/130&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(10) L'Europe vue d'Afrique, Ed du Cavalier bleu, 170 pages, Paris, 2004&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(11) &lt;a href='http://www.gonordisk.net/article-3031404.html' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;http://www.gonordisk.net/article-30...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(12) &lt;a href='http://www.time.com/time/nation/article/0,8599,1843168,00.html' class='spip_out' rel='nofollow'&gt;http://www.time.com/time/nation/art...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La g&#233;ographie imaginaire d'Hannah Arendt</title>
		<link>http://www.lequichote.info/?La-geographie-imaginaire-d-Hannah</link>
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		<dc:date>2007-10-25T02:39:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie Braibant</dc:creator>



		<description>Il suffit d'un peu d'imagination et le pourtour de la M&#233;diterran&#233;e serait un parc paysager &#224; la mani&#232;re de celui qui germa dans la t&#234;te du banquier visionnaire Albert Kahn, au si&#232;cle dernier, &#224; Boulogne sur les bords de Seine, ou bien comme les fontaines en cascades de Grenade : l'on passerait d'un jardin &#224; l'autre, d'une v&#233;g&#233;tation &#224; l'autre, d'une culture &#224; l'autre, sans barri&#232;re, sans rupture. Des eaux douces d'Europe &#224; (...)

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&lt;a href="http://www.lequichote.info/?-Savoirs-" rel="directory"&gt;Savoirs&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il suffit d'un peu d'imagination et le pourtour de la M&#233;diterran&#233;e serait un parc paysager &#224; la mani&#232;re de celui qui germa dans la t&#234;te du banquier visionnaire Albert Kahn, au si&#232;cle dernier, &#224; Boulogne sur les bords de Seine, ou bien comme les fontaines en cascades de Grenade : l'on passerait d'un jardin &#224; l'autre, d'une v&#233;g&#233;tation &#224; l'autre, d'une culture &#224; l'autre, sans barri&#232;re, sans rupture. Des eaux douces d'Europe &#224; Istanbul, on se laisserait glisser vers les vignes de Baalbek, avant de go&#251;ter aux oranges de Jaffa ou aux olives de Gaza. Viendraient les &#238;les et les marais du Nil, le d&#233;sert libyen, les vergers de Tunis puis les terrasses kabyles, les clochers de Barcelone, les figuiers de Sicile ou les ruines de l'Olympe. Ce r&#234;ve &#233;veill&#233;, fut un jour &#233;crit par Hannah Arendt, en 1943, alors qu'elle venait de quitter le vieux continent livr&#233; &#224; la barbarie. Et pourtant, a priori, la philosophe n'&#233;voque pas une figure de l'utopie. C'est de la r&#233;alit&#233;, du r&#233;el le plus effrayant qu'elle a nourri sa pens&#233;e et son &#339;uvre, le nazisme, les totalitarismes, les nationalismes. Cette construction politique qui nous semble aujourd'hui hors r&#233;el, allait presque de soi pour celle qui se projetait dans un monde domin&#233; par l'intelligence, un monde d'humains philosophes. L'utopie, c'&#233;tait justement l'inverse, un avenir fond&#233; exclusivement sur des Etats nations, pr&#233;tendus protecteurs de minorit&#233;s et guett&#233;s un jour ou l'autre par des explosions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La d&#233;couverte de ses livres me fut un choc. J'ai un jour de ma vingti&#232;me ann&#233;e brandi &quot; Eichmann &#224; J&#233;rusalem - Rapport sur la banalit&#233; du mal &quot; devant mes parents, comme si tout ce qu'ils m'avaient transmis se trouvait contredit par ce livre, recueil de ses articles envoy&#233;s au New York Review of books pendant les six mois du proc&#232;s du criminel nazi en 1961, jusqu'&#224; sa condamnation &#224; mort. N&#233;e dans une famille juive et communiste, venue de Pologne par ma m&#232;re, et d'Egypte par mon p&#232;re, j'ai re&#231;u une &#233;ducation ath&#233;e. Du pass&#233;, il fallait faire &quot; table rase &quot; et la seconde guerre mondiale, le g&#233;nocide qui avait emport&#233; la famille maternelle &#233;taient pass&#233;s sous silence. Hannah Arendt, pour la premi&#232;re fois, r&#233;pondait &#224; toutes les questions que je n'avais pas os&#233; poser, sur l'engrenage parfaitement huil&#233;, terrifiant de simplicit&#233; qui conduisit &#224; la terreur industrielle, victimes et bourreaux. J'avais aussi lu des lettres, des fragments d'articles et encore son essai sur Rahel Varnhagen(1), une intellectuelle juive de salon rayonnant &#224; la fin du XVIII&#232;me si&#232;cle, cherchant une voie entre assimilation et maintien identitaire, et j'avais compris cette qu&#234;te, cette possible projection d'Hannah en Rahel, comme moi-m&#234;me j'&#233;tais tent&#233;e de le faire avec Hannah, cette philosophe politologue juive, allemande, am&#233;ricaine mais surtout hors limites, dont la pens&#233;e me faisait avancer &#224; chacune de mes intrusions dans son &#339;uvre et dans sa vie.
Hannah Arendt &#233;tait, n&#233;e &#224; K&#246;nigsberg, la Kaliningrad russe d'aujourd'hui, une ville-port-r&#233;gion, une presqu'&#238;le &#224; la g&#233;ographie et l'identit&#233; variables selon les &#233;poques. Une ville de passage, menant d'un pays &#224; l'autre, sans drame, au rythme des conqu&#234;tes et des alliances. Fille unique dans une famille qui croyait en l'&#233;mancipation par le socialisme et la mise en veilleuse des crispations identitaires. En dedans et en dehors de la communaut&#233; donc. Une culture de la pens&#233;e comme moteur de l'action tandis que la philosophie allemande s'&#233;panouissait autour de Edmund Husserl, ........ Karl Jaspers et Martin Heidegger, de jeunes ma&#238;tres qui inventaient un nouveau langage &#224; la raison.
Comme l'Europe tout enti&#232;re, l'Allemagne se relevait du chaos de la Premi&#232;re guerre mondiale, ligne de fracture au long de laquelle s'organiseraient tous les &#233;l&#233;ments conduisant &#224; la Seconde guerre mondiale : &#233;closions technologique et industrielle, av&#232;nement de la vitesse, th&#233;ories &#233;volutionnistes puis raciales, affirmation des nationalismes et des colonialismes - terreaux fertiles de l'homme nouveau version national-socialiste -, mais aussi &#224; l'Est de l'Allemagne, tout proche, le grondement amplifi&#233; de la R&#233;volution d'Octobre. C'est dans cet entre-deux incertain, que de jeunes philosophes allemands tentent une nouvelle d&#233;marche visant &#224; resituer l'individu comme centre du tout et &#224; restituer l'esprit comme moteur de l'humanit&#233;, on appellera cela l'existentialisme. Comme tant d'autres &#233;tudiants, Hannah Arendt s'enthousiasme pour ce mouvement, en particulier pour Martin Heidegger, son professeur, avec lequel elle entretiendra une relation passionnelle, malgr&#233; les ruptures et surtout malgr&#233; l'engagement d'Heidegger aux c&#244;t&#233;s des nazis.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;(Le petit jeu des &quot; si &quot; est absurde et pourtant on ne peut s'emp&#234;cher parfois de s'y laisser prendre. Et si Adolf Hitler &#233;tait rest&#233; un obscur peintre naturaliste, et si la r&#233;volution de Weimar avait instaur&#233; durablement la d&#233;mocratie outre-Rhin, alors certainement, Hannah aurait inscrit son destin au c&#339;ur de cette pens&#233;e allemande, poursuivant une qu&#234;te amorc&#233;e avec sa th&#232;se sur l'amour(2). M&#234;me si son premier mariage avec un journaliste-essayiste, G&#252;nter Stern, engag&#233; aux c&#244;t&#233;s des anticonformistes, tel Theodor Adorno, le fondateur de l'&#233;cole de Francfort, l'entra&#238;nait d&#233;j&#224; vers l'action, c'est la catastrophe de la victoire du nazisme en 1933 qui lui imposera de &quot; faire &quot;.)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1933, pour une jeune femme de 27 ans, juive, allemande, les choix sont malheureusement limpides : fuir ou r&#233;sister. La fuite la conduira en France d'abord (o&#249; elle rencontrera Heinrich Bl&#252;cher, un d&#233;mocrate allemand, en exil lui aussi et qui sera son second mari) puis &#224; New York.
Ensuite r&#233;sister, mais avec qui, et o&#249; ? Les d&#233;mocrates allemands sont an&#233;antis, ils n'ont surv&#233;cu ni &#224; la dictature, ni &#224; leurs dissensions internes. En France, sauf &#224; plonger dans la clandestinit&#233;, ils sont en libert&#233; surveill&#233;e. Du reste, apr&#232;s l'entr&#233;e en guerre, ils seront intern&#233;s. Hannah Arendt, fait un autre choix, dict&#233; par l'urgence humanitaire : faire sortir le plus possible de juifs d'Allemagne, puis de tout le continent, pour les arracher &#224; la mort. Mais o&#249; les envoyer : les pays d'Europe ne veulent pas de ces centaines de milliers de r&#233;fugi&#233;s, les Etats-Unis, non plus, et la solution &quot; palestinienne &quot; s'impose pour elle, plus par n&#233;cessit&#233; que par engagement id&#233;ologique. Jusqu'&#224; son &#233;migration en Am&#233;rique (1941) Hannah Arendt, sans &#233;tat d'&#226;me, comme secr&#233;taire puis d&#233;l&#233;gu&#233;e de l'Agence juive, s'&#233;vertue &#224; faire sortir, puis acheminer vers la Palestine, des enfants des pays de l'Est europ&#233;en occup&#233;s par les nazis. La question du sionisme semble alors r&#233;solue par les circonstances.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis, malgr&#233; l'horreur, dans le chaos, sa pens&#233;e avance. Son premier voyage en Palestine est une r&#233;v&#233;lation. Le choc de l'Orient, le soleil, la poussi&#232;re, le d&#233;sordre, assaillent la jeune bourgeoise allemande, et les images se figent, se juxtaposent, au premier rang desquelles celle des r&#233;fugi&#233;s juifs entass&#233;s dans des conditions pr&#233;caires et celle des vieux habitants arabes de J&#233;rusalem. &#192; compter de ce moment, elle sait, qu'en d&#233;pit de toutes les disputes souvent tr&#232;s vives qui agitent le mouvement sioniste sur les formes de l'&#201;tat &#224; venir, &lt;i&gt;&quot; la question cardinale, c'est la question arabe &quot;&lt;/i&gt; (3).
Inlassablement, elle se demande comment combattre l'antis&#233;mitisme, comment assurer un avenir aux Juifs d'Europe qui fuient le g&#233;nocide. De cette interrogation, elle commence &#224; fonder une r&#233;flexion politique plus g&#233;n&#233;rale, avec une r&#233;pulsion de plus en plus marqu&#233; pour l'&#201;tat-nation, universel et se voulant protecteur des droits des minorit&#233;s, comme forme d'administration de la d&#233;mocratie. Elle d&#233;c&#232;le les fractures en germe au Proche-Orient, contenues dans le futur &#201;tat, quel qu'il soit - binational, juif avec une minorit&#233; arabe, ou arabe avec une minorit&#233; juive. Dans tous les cas, les minorit&#233;s seront perdantes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sa lucidit&#233; se fonde sur le r&#233;el. Elle n'a pas &#224; regarder loin en arri&#232;re pour se rappeler la faillite des &#201;tats d'Europe centrale explosant sous la pression des minorit&#233;s, poussant le monde occidental une premi&#232;re fois dans le gouffre. C'est cette r&#233;p&#233;tition qu'elle craint et qu'elle veut pr&#233;venir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&quot; La tentative de r&#233;soudre les conflits nationaux par la cr&#233;ation d'un c&#244;t&#233; d'&#201;tats souverains et de l'autre la garantie des droits des minorit&#233;s au sein de ces &#201;tats compos&#233;s de nationalit&#233;s diff&#233;rentes, cette tentative a connu dans notre histoire r&#233;cente une d&#233;faite tellement spectaculaire qu'on pourrait penser que personne n'aurait l'id&#233;e d'emprunter &#224; nouveau ce chemin. (...) Depuis les accords de paix de 1918, l'histoire nous offre un nombre impressionnant d'&#233;checs &#224; r&#233;soudre les conflits nationaux. Il n'y a aucune raison d'esp&#233;rer trouver une solution au probl&#232;me de la Palestine dans un esprit nationaliste, que ce soit &#224; travers un petit &#201;tat juif souverain ou dans un gigantesque empire arabe. &quot;&lt;/i&gt; (4)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pas d'&#201;tat, mais quoi alors ? Des &quot; maisons nationales, des &quot; foyers &quot;, des entit&#233;s vivant en harmonie sous un immense chapeau f&#233;d&#233;ral, o&#249; l'on ne se pense plus en majorit&#233;s ou minorit&#233;s, mais en individus. Ses mod&#232;les pourraient aujourd'hui pr&#234;ter &#224; sourire, sinon &#224; pleurer, apr&#232;s tant de faire part de d&#233;c&#232;s : les Etats-Unis bien s&#251;r, mais aussi l'Union sovi&#233;tique ou encore le Commonwealth britannique. Et voil&#224; notre Hannah pench&#233;e sur son planisph&#232;re qui trace les contours de sa F&#233;d&#233;ration m&#233;diterran&#233;enne, toujours plus vaste, toujours plus loin, et ainsi r&#233;soudre non seulement la question de la Palestine, mais aussi d&#233;coloniser en douceur. Aujourd'hui, &#224; l'aune des derni&#232;res d&#233;cennies marqu&#233;es par la guerre, une politique d'implantations et de colonisation, ces lignes nous semblent archa&#239;ques, quelque peu na&#239;ves et bien insuffisantes. Il faudrait les lire, en se glissant dans sa peau de fuyarde, en remontant le temps, jusqu'&#224; cette ann&#233;e 1943 o&#249; elles furent &#233;crites, un an seulement apr&#232;s la d&#233;cision de mettre en marche la &quot; solution finale &quot;. Ils &#233;taient bien peu nombreux ceux qui, d&#232;s ce moment-l&#224;, comprirent qu'en Palestine &quot; la question arabe &quot; resterait la &quot; question cardinale &quot;.
&lt;i&gt;&quot; La v&#233;rit&#233;, c'est que la Palestine comme maison nationale pour les Juifs ne sera viable que si elle est int&#233;gr&#233;e comme d'autres petits pays, petites nations, dans une F&#233;d&#233;ration. (...) Par ailleurs l'Espagne, l'Italie, et la France pr&#233;tendent ne pas pouvoir vivre sans leurs colonies d'Afrique. Une telle f&#233;d&#233;ration pourrait r&#233;soudre la question des colonies d'une mani&#232;re &#233;quitable. Cela signifierait aussi que les Juifs r&#233;int&#232;greraient la culture m&#233;diterran&#233;enne &#224; laquelle ils ont contribu&#233;. Ensuite on pourrait &#233;largir ce cadre politique aux nations europ&#233;ennes. Cela fait longtemps que les Arabes sont li&#233;s aux peuples europ&#233;ens, qu'ils ont apport&#233; d'immenses contributions &#224; la culture occidentale, et donc personne ne devrait avoir peur de cette int&#233;gration. &quot;&lt;/i&gt;
La France, l'Italie, la Turquie, mais aussi l'Allemagne ou les Pays-Bas, la g&#233;ographie m&#233;diterran&#233;enne d'Hannah ne conna&#238;t pas de limites. Ce sont les gouvernants, les politiques qui manquent d'imagination et qui imposent &#224; cette fichue plan&#232;te, des territoires &#233;troits, ferm&#233;s, repli&#233;s sur d'improbables et mensong&#232;res qu&#234;tes identitaires. Les craintes d'Hannah Arendt se r&#233;alis&#232;rent, au-del&#224; m&#234;me de ce qu'elle avait imagin&#233;. Elle continua &#224; penser le monde, &#224; l'arpenter, le d&#233;cortiquer sans complaisance. Ses critiques n'&#233;pargn&#232;rent pas le tout jeune &#201;tat d'Isra&#235;l, pour lequel elle exprima une sorte de refus &#233;motionnel, puis th&#233;orique (jusqu'&#224; &#234;tre qualifi&#233;e d'antisioniste), ce qui la f&#226;cha avec ses amis. La premi&#232;re dispute prit pour cadre le proc&#232;s Eichman, cet ex&#233;cutant z&#233;l&#233; de la solution finale, responsable de la d&#233;portation des Juifs d'Europe de l'Est, enlev&#233; en Am&#233;rique latine pour &#234;tre jug&#233; en Isra&#235;l. Dans ses articles, elle pointa l'absence des victimes, la confiscation de leur parole, l'instrumentalisation du proc&#232;s, et donc du g&#233;nocide, par les autorit&#233;s isra&#233;liennes pour consolider leur politique r&#233;gionale. Une th&#232;se revisit&#233;e depuis par les &quot; nouveaux historiens &quot; isra&#233;liens, en d&#233;saccord avec l'histoire officielle (5).
Durant les quelques mois qu'elle passa alors sur cette terre si peu sainte, elle manifesta aussi une sorte de r&#233;pulsion pour l'acharnement identitaire du nouvel &#201;tat : elle qualifia ainsi les nouvelles lois sur le mariage, la famille et la filiation de &quot; nouvelles lois de Nuremberg &quot;, en r&#233;f&#233;rence aux lois raciales des nazis... Toutes ces r&#233;flexions lui valurent une sorte de mise en quarantaine. Alors, sur ce sujet, vint le temps o&#249; elle pr&#233;f&#233;ra se taire, rel&#233;guant son grand dessein m&#233;diterran&#233;en dans un futur impossible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;(1) Rahel Varnhagen, La vie d'une juive allemande &#224; l'&#233;poque du romantisme ; (2) Le concept d'amour chez Augustin - 1928
(3) Aufbau, 1941 ; (4) La question jud&#233;o-arabe peut-elle &#234;tre r&#233;solue ? Aufbau, d&#233;cembre 1943 ; (5)Voir notamment &quot;Le septi&#232;me million&quot;, Paris, &#233;dition Liana Levi 2003&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Kino - Bildung. Ein Vortrag.</title>
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		<dc:date>2007-03-25T03:34:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Heide Schl&#252;pmann</dc:creator>



		<description>Das Kino gilt im Allgemeinen nicht als Bildungseinrichtung. Es stellt sich aber gleichwohl die Frage, ob ihm als massenkulturellen Ph&#228;nomen nicht doch ein Bildungmoment eignet, das durch das Raster unserer Vorstellung von Bildung f&#228;llt. Immerhin haben sich die Gebildeten und Bildungsbeauftragten von Anfang an in die Geschichte des Kinos eingemischt, es bek&#228;mpft, es benutzt, und schlie&#223;lich sich auch als Bildungsgut zueigen gemacht. Vom Kino in Bildungseinrichtungen und von einer (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Das Kino gilt im Allgemeinen nicht als Bildungseinrichtung. Es stellt sich aber gleichwohl die Frage, ob ihm als massenkulturellen Ph&#228;nomen nicht doch ein Bildungmoment eignet, das durch das Raster unserer Vorstellung von Bildung f&#228;llt. Immerhin haben sich die Gebildeten und Bildungsbeauftragten von Anfang an in die Geschichte des Kinos eingemischt, es bek&#228;mpft, es benutzt, und schlie&#223;lich sich auch als Bildungsgut zueigen gemacht. Vom Kino in Bildungseinrichtungen und von einer Film-Bildung l&#228;&#223;t sich ohne weiteres sprechen. (Die Ausf&#252;hrungen hier folgen vor allem den deutschen Diskursen.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kino in Bildungseinrichtungen.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Einen gro&#223;en Anteil an der Filmproduktion hatte von Anfang an der wissenschaftliche Film. Insbesondere Medizin, Biologie, Zoologie nutzten das neue Medium als Aufzeichnungsinstrument - beispielsweise von Operationen -, und als Analysewerkzeug. Als solches war der Film von Etienne Jules Marey entwickelt worden, der an Bewegungs- und Zeitforschung arbeitete. Das Labor, der Lehrsaal verwandelt sich in einen dunklen Raum f&#252;r die Filmprojektion - nicht nur in den Universit&#228;ten und Forschungsinstituten, auch bald in den Schulen. Schon in den 10er Jahren arbeitete ein Rektor Lemke mit Film und gr&#252;ndete die erste deutsche Lehrfilmfachzeitschrift _Die Lichtbildkunst in Schule, Wissenschaft und Volksleben_. Enthielt der Kinoabend zu Beginn des Jahrhunderts in seinem Kurzfilmprogramm selbstverst&#228;ndlich und ohne p&#228;dogogischen Hintersinn dokumentarische Aufnahmen neben Trick- und Spielfilmen, so formierte sich sp&#228;ter das Genre des &quot;Kulturfilms&quot;. Mit ihm gelangte der p&#228;dagogisch wertvolle Film neben den Wochenschauen ins Vorprogramm der abendf&#252;llenden &quot;Langfilme&quot;, die in den 20er Jahren die Regel wurden. Zu dieser Zeit nimmt sich auch die staatliche Erziehungpolitik des Films als eines Unterrichtsinstruments an. Diese Entwicklung wird nach '33 Teil der Gleichschaltungspolitik der nationalsozialistischen Regierung, die sich gerade des Films zur Massenbeeinflussung bedient. In der Bundesrepublik erlebten einige Sch&#252;lergenerationen die FWU-Filme vor allem im Biologieunterricht - Film in Wissenschaft und Unterricht_ war die Nachfolgeorganisation der nationalsozialistischen Reichsstelle f&#252;r den Unterrichtsfilm (gegr&#252;ndet 1934). Eine an Bedeutung zunehmende Rolle spielte der Film auch in der &quot;Volksbildungsbewegung&quot; und in den Volkshochschulen, eine fr&#252;he Einrichtung ist die _Lichtbilderei_ des _Volksvereins f&#252;r das katholische Deutschland_, die 1912 bis 1915 eine eigene Zeitschrift f&#252;r den Film, _Bild und Film_ herausgab.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Stehen der wissenschaftliche Film und der Lehrfilm im Kontext der exakten Wissenschaften und deren Vermittlung, so werden filmische Aufnahmen von Natur, Kulturellen Ph&#228;nomenen und von Kunst auch in den Kontext einer &#228;sthetischen Erziehung aufgenommen, die mit Protagonisten wie Adolf Lichtwark, Leiter der Kunsthalle Hamburg, gegen Ende des 19. Jahrhunderts popul&#228;r wurde. Im Zusammenhang mit der Lebensreformbewegung taucht um diese Zeit auch ein Bildungsbegriff auf, der dem Kino n&#228;her zu stehen scheint, weil er den &quot;Genu&#223;&quot; einbezieht. Doch die Distanzierung vom &quot;Materiellen&quot;, &quot;Niedrigen&quot; zugunsten des &quot;Edlen&quot; und &quot;Geistig-Sinnlichen&quot; hielt die Ablehung des Kinos als Vergn&#252;gungsort der Masse aufrecht. Statt sich diesem Massenph&#228;nomen zu &#246;ffnen, versuchten die P&#228;dagogen selber, &quot;Musterkinos&quot; zu errichten, die ihren Bildungsvorstellungen entsprechen. Damals tauchte der Begriff des &quot;Gemeindekinos&quot; auf, das &quot;Kommunale Kino&quot; der 1970er Jahre nimmt etwas von diesem alten Projekt wieder auf.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Filmbildung&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Die Fr&#252;hzeit des Kinos enth&#228;lt schon alle Bem&#252;hungen, den Film und das Kino in die Bildung einzubeziehen, zugleich weist sie aber gerade besonders deutlich eine bis heute nicht aufgehobene Trennung zwischen Film im Bildungskontext und dem Kino als massenkultureller Vergn&#252;gungseinrichtung auf. Doch mit den 20er Jahren entsteht innerhalb des Kinos eine Gegenbewegung gegen dessen Vereinnahmung durch die kapitalistische Filmindustrie. Film als Kunst, Autorenfilm, Avantgarde, experimentelles oder unabh&#228;ngiges Kino sind nur einige Begriffe unter denen dieses &quot;andere Kino&quot; verstanden wird. In diesem Zusammenhang taucht die Figur des &quot;Cinephilen&quot; oder auch &quot;Cineasten&quot; auf - das ist jemand, der sich Film-Bildung aneignet. Er unterscheidet sich vom Kinog&#228;nger dadurch, da&#223; er sich zwar auch im Kino &quot;bildet&quot;, aber da&#223; er den Filmgenu&#223; mit der Diskussion, der Reflexion, der Lekt&#252;re verbindet und - als Cineast - auch selber Filme macht. Der Cinephile hat die Neigung, die Bildung durch das Kino, die er ja mit der Masse teilt, in eine Spezialistentum in Sachen Film zu verwandeln und das durch Informationen und Diskurse, die au&#223;erhalb des Kinos liegen. Kritiken, Essays, filmtheoretische Schriften entstehen in gro&#223;er Zahl. Dar&#252;berhinaus aber sind Cineasten und Cinephile verantwortlich f&#252;r die Entstehung einer spezifischen Art von Kino, n&#228;mlich eines von der Macht der Produzenten und Verleiher unabh&#228;ngigen. Aus ihrem Interesse an filmgeschichtlicher Bildung gehen in den drei&#223;iger Jahren schlie&#223;lich die Kinematheken hervor, beispielhaft ist die Cin&#233;math&#232;que Francaise, die f&#252;r Generationen von Kritikern, Filmmachern, Filmtheoretikern, oder auch einfach Filmliebhabern und -liebhaberinnen Lehr- und Bildungst&#228;tte war.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cinephile Filmbildung hat in die Schulen zun&#228;chst keinen Eingang gefunden, wohl aber in die Universit&#228;ten. Filmwissenschaft, die sich in Frankreich und den angels&#228;chischen L&#228;ndern in den siebziger Jahren etablierte - in Deutschland gab es erste Filmprofessuren erst Ende der achtziger -, kommt aus der Kino-Bildung. Aus ihr beziehen die Filmwissenschaftler ihre &#228;sthetische Kompetenz und ihr historisches Wissen. Sie treten in eine Universit&#228;t ein, die gerade in ihren Bildungsformen und Zielen ersch&#252;ttert wurde. Die Verschr&#228;nkung von Krise der Universit&#228;t und Entstehung der Filmwissenschaft ist mehr als eine zeitliche. Cinephile tragen in die verunsicherte Hochschule eine andere Bildungserfahrung hinein, auf die Reformen rekurrieren k&#246;nnen, w&#228;hrend sie andererseits selber dort den Halt von Wissenschaft suchen, um &#228;sthetische und historische Bildung gegen die Vereinnahmung des Films durch kommerzielle und politische Interessen zu behaupten. Filmwissenschaft fand im Kontext einer Welle kritischer Wissenschaft und P&#228;dagogik Eingang in die Universit&#228;t. Ihr selbstverst&#228;ndlicher Bildungsauftrag war, den autonome Umgang mit dem Film zu vermitteln und damit auch : &#228;sthetische Erfahrungen, die nach wie vor im Kino stattfinden sollten, zu erm&#246;glichen.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Von der Filmwissenschaft f&#252;hrte der Weg nur z&#246;gernd oder gar nicht in die Schulen. Frankreich, das klassische Land der _cin&#233;philie_, bildet eine gewisse Ausnahme. Allerdings sind in j&#252;ngster Zeit, nachdem schon l&#228;ngst die Medienwissenschaft ihr den akademischen Rang abgelaufen hat, europaweit Initiativen zu beobachten, Film und Kino in die Lehrpl&#228;ne aufzunehmen. (Winfried Pauleit 2004)) Interessant ist das - inzwischen wieder eingestellte - Projekt von Alain Bergala, &quot;Le cin&#233;ma &#224; l'&#233;cole&quot; (Bergala 2002, 2006) Bislang scheinen diese Initiativen aber nicht sehr erfolgreich. Zudem beschr&#228;nken sie sich im allgemeinen auf Film und Kino als Lehrgegenst&#228;nde, wodurch das ganz andere Lernen nicht so recht zum Zuge kommen kann. Ein Beispiel f&#252;r solche Anpassung des Films an traditionelle Unterrichtsformen ist die Zusammenstellung eines Kanons von 35 Filmen auf Initiative der Bundeszentrale f&#252;r Politische Bildung und mit Unterst&#252;tzung des Kulturstaatsministeriums im Rahmen des Projekts &quot;Kino macht Schule&quot; (in dem nach all den Jahren feministischer Filmwissenschaft und Erforschung des Fr&#252;hen Kinos kein Film einer Regisseurin und auch kein Film aus der Zeit vor 1920 aufgenommen wurde). Doch k&#246;nnen solche Initiativen Anla&#223; sein, sich Gedanken dar&#252;ber zu machen, ob und in welcher Weise Kino &quot;bildet&quot;. Ans&#228;tze zu solchen &#220;berlegungen lassen sich seit seinen Anf&#228;ngen finden.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kino als Bildungseinrichtung.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Der Zugriff der P&#228;dagogen auf das Kino hat schon zu seiner Anfangszeit allermeist damit geendet, ihm herrschende Bildungsvorstellungen und Begriffe &#252;berzust&#252;lpen, auch wenn manche unter den Lehrern sich nicht nur aus Annektionsinteressen sondern auch aus wirklicher Neugier auf das Kino einliessen. Das Verst&#228;ndnis f&#252;r ein spezifisch Bildendes im Massenkino kam daher von Kritikern, Theoretikern, Schriftstellern, K&#252;nstlern, Filmmachern. Es geht aus von dem Vergn&#252;gen, der Lust, deren Versprechen die Leute ins Kino zieht - Kinder wie Erwachsene. Denn dieses Verspechen unterscheidet das Kino von den bestehenden Bildungsinstitutionen, in denen es die Lust immer schwer gegen&#252;ber der Pflicht hat. In ihren vielf&#228;ltigen Facetten wird sie von Texten der zehner und fr&#252;hen zwanziger Jahre reflektiert und zu fassen versucht : das wunderbare Vergn&#252;gen am Spielerischen, Leichtwerden aller Dinge und Ereignisse im Film etwa, aber auch die schwerbl&#252;tige, die triebhafte Wollust, oder wiederum die Wunscherf&#252;llung des Traums und der Regression in die Kindheit. Den Bogen zur Bildung schlagen jedoch erst Schriften aus den zwanziger und drei&#223;iger Jahren. B&#233;la Bal&#225;zs ver&#246;ffentlicht 1924 eine erste Theorie des Films, in der er die Bedeutung des Kinos f&#252;r die Sprachbildung emphatisch herausstellt : der modernen Gesellschaft ist die K&#246;rper- und Geb&#228;rdensprache verloren gegangen, im Kino der stummen Filme k&#246;nnen wir sie wiedergewinnen - zumal eine Sprache der Erotik. (Bal&#225;zs 1925) Einher mit den neuen Ausdrucksm&#246;glichkeiten geht auch ein ver&#228;ndertes Denken, denn unsere Gedanken sind sprachabh&#228;ngig. Walter Benjamin reflektiert in seiner im Exil, Mitte der drei&#223;iger Jahre, geschriebenen Abhandlung &quot;Das Kunstwerk im Zeitalter seiner technischen Reproduzierbarkeit&quot; (Benjamin 1974) das &#228;sthetische Potential des Kinos, allerdings nicht im Sinne der Wiederbelebung und Kultivierung unserer Sinne. Das kinospezifische Bildungserlebnis besteht vielmehr darin, da&#223; unsere Wahrnehmung &quot;modernisiert&quot; wird, so da&#223; wir der gesellschaftlichen Wirklichkeit des 20. Jahrhunderts wahrnehmend begegnen k&#246;nnen. Die N&#228;he zu revolution&#228;ren Volksbildungskonzepten der sowjetischen Filmavantgarde ist ebenso deutlich, wie die Anschlu&#223;f&#228;higkeit an heutige Medienwissenschaft. Siegfried Kracauer wiederum geht vom Kino als Ph&#228;nomen der Zerstreuung und der Zerstreuungssucht aus, um darin die M&#246;glichkeit einer Erkenntnisbildung, einer Selbstreflexion des Menschen in der Masse zu entdecken : das Kino macht ihm seine eigene Wirklichkeit - die Zerst&#252;ckelung des Lebens, die er allt&#228;glich erf&#228;hrt, prototypisch ist die Flie&#223;bandarbeit - in der Zerstreuung &quot;offenbar&quot;. (&quot;Kult der Zerstreuung&quot;, Kracauer 1926) Es handelt sich um eine moralische Bildung. In den gleichzeitigen Texten der franz&#246;sischen Filmavantgarde wiederum, etwa in denen Germaine Dulacs, kommt der lebensphilosophische Einflu&#223; Henri Bergsons zur Geltung : mit den M&#246;glichkeiten des Films, die innere Zeit, eine zugleich physische wie psychische Dynamik, sichtbar zu machen, geht es um Lebensbildung. (Dulac 2002)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Gemeinsam ist allen Vorstellungen vom Bildenden des Kinos, da&#223; es sich hier um eine &quot;Selbstbildung&quot; handelt, die gerade nicht auf Kinder beschr&#228;nkt ist. In ihrem Hintergrund steht die Wahrnehmung einer Diskrepanz zwischen der zunehmend durch Institutionen und &#246;konomische Prozesse bedingten - globalen - Vergesellschaftung und einem Verlust an selbstreflexivem gesellschaftlich, - &quot;m&#252;ndig&quot; - Werden der einzelnen Menschen aus ihrer jeweiligen leiblich-seelischen und geschichtlich-geographischen Existenz heraus. Die moderne Gesellschaft produziert eine Bildungsnot eigener Art, die sie mit ihren p&#228;dagogischen Einrichtungen eher vergr&#246;&#223;ert als lindert, gegen die das Kino aber etwas auszurichten vermag.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Der Faschismus in Europa, ebenso wie der Stalinismus in der Sowjetunion und die Hollywoodindustrie in den USA bewirkten einen Einbruch in die Verbindung von Massenkino mit emphatischen Bildungsvorstellungen. Doch scheinen sich diese in die vielen Film- und Kinoinitiativen zerstreut zu haben, welche sich in der Nachkriegszeit entfalteten, um dort nachzuwirken : Filmclubs - an Volkshochschulen, Universit&#228;ten -, alternative Kinos, autonome Verleiher, schlie&#223;lich die &quot;Neuen Wellen&quot; eines Autorenkinos. Es gab in dieser Vereinzelung bis in die sp&#228;ten siebziger Jahre hinein ein ungeheures Zutraun in das Kino und seine M&#246;glichkeiten, auch und gerade, wenn es einherging mit dem Mi&#223;trauen in das &quot;herrschende Kino&quot;. W&#228;hrend einerseits &#246;ffentlich die kritischen Diskussionen von Bildungsklisches - &#228;sthetische versus politische Bildung - bestimmt wurden, entstanden andererseits Undergroundszenen, in denen die alte Kinolust wieder in ihre Rechte eingesetzt wurde. Sie wirkten in der Film- und Kinolandschaft als Ferment, das Erinnerungen an das ganz andere Bildungsmoment Kino freisetzte. Die Frage ist, wo wir dies Moment heute finden.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Literatur :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Winfried Pauleit, &quot;Der Kinematograph als Zeigestock. Zum &#228;sthetischen Erziehungsanspruch von Kino und Schule&quot;, in : &#196;sthetik &amp; Kommunikation. &#196;sthetische Erziehung im Medienzeitalter, Heft 125, 35. Jg., Sommer 2004&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alain Bergala, L'hyopth&#232;se cin&#233;ma. Petit trait&#233; de transmission du cin&#233;ma &#224; l'&#233;cole et ailleurs, Cahier du cin&#233;ma 2002 ; dt. Ausgabe Kino als Kunst. Filmvermittlung an der Schule und Anderswo, herausgegeben von Bettina Henzler und Winfried Pauleit, Marburg 2006&lt;/p&gt; &lt;p&gt;B&#233;la Bal&#225;zs, Der sichtbare Mensch oder die Kultur des Films, Wien und Leipzig 1924&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Walter Benjamin, &quot;Das Kunstwerk im Zeitalter seiner technischen Reproduzierbarkeit&quot;, 1. und 2. Fassung in : ders., Gesammelte Schriften Band I.2, Abhandlungen, Frankfurt am Main 1974&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Siegfried Kracauer, &quot;Kult der Zerstreuung&quot;, Frankfurter Zeitung 4. M&#228;rz 1926, wiederabgedruckt in : ders. Das Ornament der Masse. Essays, Frankfurt am Main 1963&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Germaine Dulac, Kinemathek Heft 93, 39. Jahrgang, Oktober 2002, herausgegeben von Freunde der Deutschen Kinemathek e.V. und Kinothek Asta Nielsen e.V., Redaktion Sabine Nessel, Heide Schl&#252;pmann, Stefanie Schulte Strathaus&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La publication scientifique en r&#233;volution</title>
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		<dc:creator>Jakob Schl&#252;pmann</dc:creator>



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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Vingt ans apr&#232;s le d&#233;marrage de l'Internet dans le monde de l'&#233;dition, des administrations, des institutions et des laboratoires scientifiques et techniques, il semble aujourd'hui acquis que la grande majorit&#233; de l'information scientifique sera finalement publi&#233;e &#233;lectroniquement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis la fin des ann&#233;es 1990, l'usage des revues &#233;lectroniques est devenu particuli&#232;rement intensif dans les domaines des Sciences, de la Technique et de la M&#233;decine. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, tant pour des raisons de co&#251;ts et de stockage que pour un acc&#232;s et une gestion plus ais&#233;s, les publications s&#233;rielles papiers sont donc amen&#233;es &#224; dispara&#238;tre rapidement. Au colloque de L'INIST sur le &#8220;Libre acc&#232;s &#224; l'information scientifique et technique : &#201;tat de l'art et perspectives&#8221; du 23-24 janvier, les repr&#233;sentants des grands &#233;diteurs priv&#233;s (Elsevier, Blackwell) aussi bien que ceux des Universit&#233;s et des centres culturels &#233;diteurs t&#233;moignaient vivement du bouleversement de l'&#233;dition scientifique et des pr&#233;occupations commerciales qui en d&#233;coulent (voir par ailleurs le rapport r&#233;dig&#233; pour le colloque). Un centre culturel comme l'Institut Fran&#231;ais des Etudes Andines du MAE (Lima-P&#233;rou) se voit ainsi doublement touch&#233; par la r&#233;organisation de la diffusion et de l'acc&#232;s &#224; l'information scientifique : d'abord comme &#233;diteur mais aussi comme administrateur d'une biblioth&#232;que de recherche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Loin d'une &#171; croisade num&#233;rique &#187; pour &#171; maximiser &#187; une hypoth&#233;tique productivit&#233; des sciences etc., une analyse sobre de l'impact de la mutation en cours s'impose. Les cons&#233;quences pour les centres culturels, leurs biblioth&#232;ques / centres de documentation et pour les chercheurs sont loin d'&#234;tre n&#233;gligeables car la d&#233;mat&#233;rialisation des sources, des biblioth&#232;ques recompose jusqu'&#224; la sociabilit&#233; m&#234;me du chercheur. L'Institut comme lieu de rencontre, comme instrument de la visibilit&#233; de la recherche et de la coop&#233;ration fran&#231;aises ou europ&#233;ennes sur le plan local comme sur le plan international est &#224; repenser. Quid en effet du maintien d'un local entier d&#233;di&#233; aux revues, alors que progressivement l'ensemble de ces revues (leurs archives compris) est accessible par Internet ? Quid d'une revue papier que les chercheurs risquent de d&#233;laisser face &#224; des m&#233;thodes plus souples et plus &#171; impactantes &#187; de publier leurs travaux ou de filtrer leurs lectures (m&#234;me si bon nombre de lecteurs garderont encore une pr&#233;f&#233;rence pour le papier et sa lecture plus conviviale...) ? Ces questions se posent aujourd'hui et non plus &#224; long terme. Le colloque sur le libre acc&#232;s de l'INIST a soulign&#233; l'urgence d'y r&#233;pondre de mani&#232;re concr&#234;te.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'IFEA peut aujourd'hui afficher une certaine expertise dans la diffusion par le web de sa production scientifique (site g&#233;n&#233;r&#233; dynamiquement &#224; partir de bases de donn&#233;es, archives du bulletin dans leur totalit&#233; en ligne depuis plus d'un an, lancement d'une revue &#233;lectronique il y a 6 mois, introduction &#224; titre d'essai d'une interface compatible &#171; Open Archive Initiative &#187;). Bien que construit sur la base de logiciels &#171; libres &#187; (PHP-MySQL) dans la mouvance des techniques &#171; ouvertes &#187; , le d&#233;veloppement du site web de l'IFEA s'est n&#233;anmoins fait dans un relatif isolement. Or les exp&#233;rimentations de l'Institut devraient s'ins&#233;rer d'urgence dans le contexte plus large des d&#233;bats et techniques d&#233;velopp&#233;s autour de l'acc&#232;s aux informations scientifiques. D'une part en raison du risque d'enfermement dans des solutions techniques propri&#233;taires couteuses &#224; long terme, mais aussi dans l'int&#233;r&#234;t d'une meilleure int&#233;gration de sa production sur la sc&#232;ne internationale. Priorit&#233; devrait &#234;tre donn&#233;e &#224; l'interop&#233;rabilit&#233; : la connection de collections d'objets documentaires diff&#233;rents et le d&#233;veloppement de services communs et p&#233;rennes partag&#233;s par toute la communaut&#233; scientifique devraient &#234;tre les v&#233;ritables leviers d'un renforcement de la pr&#233;sence des Instituts comme l'IFEA et de la recherche fran&#231;aise en g&#233;n&#233;ral. C'est pourquoi il para&#238;t n&#233;cessaire de se pencher sur des mouvements comme l'Open Archive Initiative.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Open Archive Initiative n'est d'abord qu'un accord autour d'un protocole technique permettant d'acc&#233;der &#224; des fonds documentaires. Mais les propositions de rendre librement accessible l'ensemble de la production scientifique par ce biais en font un v&#233;ritable enjeu politique. Nombre de centres de recherche, de mus&#233;es, de biblioth&#232;ques et d'archives du monde entier se regroupent d&#233;j&#224; autour de ce protocole. Alors m&#234;me que la France est encore bien peu pr&#233;sente dans les d&#233;finitions techniques et dans le d&#233;veloppement de solutions &#171; ouvertes &#187; d'acc&#232;s &#224; l'information scientifique, l'application d'une politique OAI aux Instituts me semble une option particuli&#232;rement int&#233;ressante. Acteurs dans ce domaine, le MAE et les centres culturels seraient beaucoup mieux &#224; m&#234;me de d&#233;finir une politique de l'information scientifique et technique comme bien public (alors que les mod&#232;les marchands des maisons &#233;ditrices, notamment des multinationales comme Elsevier, Blackwell.... risquent de dominer la sc&#232;ne).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la pratique, l'application d'une politique OAI exige principalement l'impl&#233;mentation d'interfaces au niveau des sites de chacun des Instituts du MAE, une certaine coordination pouvant rationaliser cette impl&#233;mentation et mieux d&#233;finir l'objectif politique du projet. Si l'INIST et le centre de calcul CCSD du CNRS sont fournisseurs de services dans ce domaine et militent pour une &#171; communication directe entre chercheurs &#187;, le concept centralis&#233; qu'ils d&#233;fendaient lors du colloque semble mal adapt&#233; &#224; la situation de centres culturels ind&#233;pendants dispers&#233;s sur plusieurs continents. En laissant &#224; chaque &#233;tablissement le choix des formes d'archivages et de mise en ligne de sa production et en se limitant &#224; inciter et coordonner la cr&#233;ation de services &#171; OAI &#187; qui permettent des interrogations transversales et ne demandent pas de passer par chacun des sites des Instituts (guichet unique), autonomie des Instituts et acc&#232;s global &#224; leur production scientifique seraient favoris&#233;s &#224; des co&#251;ts tr&#232;s raisonnables. Parall&#232;lement, une r&#233;flexion de fond devra &#234;tre men&#233;e avec des institutions comme la Biblioth&#232;que Nationale sur l'h&#233;bergement physique des fonds documentaires &#233;lectroniques importants et la p&#233;rennit&#233; de leur acc&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au niveau local (Lima, P&#233;rou, Am&#233;rique du Sud pour l'IFEA) une active collaboration des Instituts avec les institutions publiques / ONG culturelles (Biblioth&#232;que Nationale, Archives de la Naci&#243;n, Archives du Minist&#232;re des Affaires Etrang&#232;res, IEP etc.. ) dans le d&#233;veloppement de solution de mise en ligne de fonds anciens comme de publications &#233;lectroniques nouvelles serait actuellement l'une des formes les plus dynamiques de coop&#233;ration culturelle (une pressante demande d'expertise et d'aide de la part de ces institutions locales est l&#224; pour en t&#233;moigner). La faiblesse des ressources existantes y encourage tout naturellement l'usage de logiciels libres et la promotion d'une politique OAI.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;volution des cinq derni&#232;res ann&#233;es montre que d&#232;s &#224; pr&#233;sent une large partie de l'activit&#233; des centres culturels s'oriente vers l'Internet. A horizon d'un autre quinquennat, la gestion de la pr&#233;sence en ligne constituera l'activit&#233; essentielle &#224; c&#244;t&#233; du travail de recherche. L'exp&#233;rimentation des nouvelles formes de diffusion devient fondamentale et dans ce cadre, le passage g&#233;n&#233;ralis&#233; d&#232;s aujourd'hui aux publications s&#233;rielles &#233;lectroniques et l'abandon du papier pourraient s'av&#233;rer judicieux : la primeur dans ce domaine distinguera ces s&#233;ries &#233;lectroniques et permettra de les asseoir sur un plan international. La conversion &#224; une publication &#233;lectronique des p&#233;riodiques pourrait par ailleurs lib&#233;rer des ressources pour l'&#233;dition toujours souhaitable de livres papier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Alors qu'acc&#232;s libre et commercialisation de l'information scientifique se c&#244;toient, les centres documentaires et biblioth&#232;ques seront d'un c&#244;t&#233; confront&#233;s &#224; la t&#226;che de n&#233;gocier les droits d'acc&#232;s aux services en lignes des revues payantes mais devront aussi faciliter, orienter l'acc&#232;s en g&#233;n&#233;ral &#224; la documentation sur Internet. Au lieu d'administrer un fonds physique, les biblioth&#232;ques passeront &#224; la gestion de la documentation scientifique accessible par l'Internet. Cette &#233;volution du m&#233;tier de bibliot&#233;caire passe en particulier par une r&#233;flexion autour des &#233;l&#233;ments descriptifs, les m&#233;tadonn&#233;es qui permettent d'acc&#233;der aux documents &#233;lectroniques ont soulign&#233; les documentalistes pr&#233;sents au colloque de l'INIST. Caract&#233;ristiques et organisation de ces m&#233;tadonn&#233;es (qui ne sont pas autre chose que les r&#233;f&#233;rences bibliographiques adapt&#233;es au monde &#233;lectronique) sont aussi au c&#339;ur du d&#233;bat de l'Open Archive Initiative. Une pr&#233;sence active dans ces d&#233;bats para&#238;t l&#224; aussi &#233;minement souhaitable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Conclusion&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'on le veuille ou pas, la r&#233;flexion sur l'organisation des centres culturels du MAE tourne &#224; pr&#233;sent autour de leurs activit&#233;s &#171; en ligne &#187;. Vu le d&#233;veloppement actuel de l'&#233;dition scientifique et de la diffusion des savoirs, une politique volontariste de participation &#224; la &#171; nouvelle &#187; organisation de l'acc&#232;s &#224; l'information scientifique pourrait avoir ses avantages. Un cadre &#171; Open Archive Initiative &#187;, de libre acc&#232;s semble l'une des meilleures fa&#231;on d'aborder les nouvelles m&#233;thodes de diffusion pour le MAE. Peu contraignant et bas&#233; sur des solutions techniques ouvertes, ce cadre laisse une grande libert&#233; d'initiative et de l'ind&#233;pendance aux Instituts. Port&#233; par une communaut&#233; active cr&#233;ant de mani&#232;re coordonn&#233;e et partag&#233;e les outil n&#233;cessaires &#224; l'initiative assurera une p&#233;rennit&#233; &#224; moindre co&#251;t des projets OAI et permettra en particulier de coop&#233;rer avec les pays en voie de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>A propos</title>
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		<dc:date>2002-10-30T09:40:00Z</dc:date>
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_1432 spip_documents spip_documents_center' &gt;&lt;img src='http://www.lequichote.info/local/cache-vignettes/L150xH88/syndicat150-ba6b5.jpg' width='150' height='88' alt=&quot;&quot; style='height:88px;width:150px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Quichote, aleph99tv (aleph99.info) et aleph99.org font l'ensemble de nos sites.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aleph99.org est le plus ancien (1999) - et actuellement (octobre 2009) le plus d&#233;laiss&#233;. &#192; l'origine, la th&#233;matique fut : Am&#233;rique Latine, exp&#233;riences et pratiques historiques - donc a-l-e-p-h - le projet d'un 'webzine' qui derni&#232;rement aboutit dans hisal.org - &lt;a href='http://www.hisal.org/index.php?journal=revue' class='spip_out'&gt;Histoire(s) de l'Am&#233;rique latine&lt;/a&gt;. Aleph99.org a donc chang&#233; de cap, ont &#233;t&#233; jointes des rubriques &quot;Europe de l'Est&quot;, &quot;&#201;tudes de sciences&quot; &quot;Histoire locale&quot; etc..&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aleph99tv exprime sans doute le mieux nos efforts actuels.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le Quichote devait pouvoir repondre &#224; la demande d'une structure de blogs (ce qu'il fait. Toujours d'ailleurs, ainsi que les deux autres sites, &#224; titre exp&#233;rimental).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous ne sommes que deux redacteurs-auteurs-techniciens-etc.. Deux ou trois amies et amis enrichissent le contenu en permanence. &#192; ne pas oublier celles et ceux qui nous gratifient de leurs commentaires. Nous consid&#233;rons les trois sites comme sites-ateliers, qui nous permettent de tenir nos connaissances techniques &#224; jour et de suivre d'un oeil critique ce qui se passe sur la toile, o&#249; vont les visiteurs, combien sont ils et qu'est-ce qu'ils regardent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vu les mati&#232;res qui nous int&#233;ressent, nous sommes toujours bien loin d'une entreprise commerciale, nos revenues viennent d'ailleurs, Nous admettons volontier que nos efforts-web gratuits nous coutent du temps. &#199;a aussi fait partie d'une fascinante exp&#233;rience. Vaut-elle la peine ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;ks
voir &#233;galement le chapo d'&lt;a href='http://aleph99.org/' class='spip_out'&gt;aleph99.org&lt;/a&gt; et l'autopr&#233;sentation d'&lt;a href='http://lequichote.info/?Eine-Art-weiblicher-Tintin' class='spip_out'&gt;une de nos auteurs&lt;/a&gt;...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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